Seraina Rohrer a repris la direction des Journées de Soleure en 2012. Son avènement a coïncidé avec un renouveau de la vieille institution. Une brèche s’est ouverte, dans laquelle la jeunesse et la féminité se sont engouffrées. Survolant les films qui concourent pour le Prix de Soleure et le Prix du public, la directrice pointe les premières œuvres (Alexia, Kevin und Romain, Der Büezer, Bêtes blondes, Ceux qui travaillent, Pearl…) et les réalisatrices émergentes (Elsa Amiel, Francesca Scalisi, Alexia Walther…). Elle note que les thèmes dominants de cette 54e édition sont la jeunesse et le travail – trois autistes au matin d’une vie professionnelle, les débuts professionnels d’un technicien sanitaire, le travail sur soi pour devenir championne de culturisme ou les affres du chômage dans Ceux qui travaillent

Ce souffle printanier ravive d’antiques frilosités. Des récriminations se font entendre. Une pétition signée par trente cinéastes, majoritairement masculins (21 sur 9), a été adressée à la direction du festival. Les signataires exigent de voir leurs œuvres figurer au programme comme c’était le cas naguère quand chaque film était promis à une projection soleuroise. Cette tradition achoppe désormais sur un problème arithmétique: dans les années 1960, la Suisse produisait entre trois et cinq films par année. Aujourd’hui, c’est entre 130 et 150 – et le festival en sélectionne une soixantaine.

Seraina Rohrer tient le cap et pose des questions: «Qu’est-ce qui compte? La diversité ou la continuité? Quels sont les besoins de la génération des fondateurs et ceux de la jeune génération?» Faut-il plus de films et moins de compétition, comme le demandent les pétitionnaires? Mais l’abondance tue l’envie… «Les Journées sont la vitrine de l’année, pas celle de la continuité des auteurs», rappelle la directrice. Par ailleurs, être recalé n’équivaut pas à une exclusion définitive: évincé en 2014 avec La terre promise, Francis Reusser revient cette année avec La séparation des traces. La querelle des anciens et des modernes devrait se vider au cours d’un débat public.

Viva Mexico

Après le Locarno Festival l’été passé, les Journées de Soleure signent l’accord SWAN (Swiss Women’s Audiovisual Network) par lequel elles s’engagent à avoir 50% de femmes dans leur organigramme. Cette exigence paritaire n’est naturellement pas applicable à la programmation, puisque quelque 70% des films suisses sont réalisés par des hommes.

Vu dans 1 Journée, de Jacob Berger, Sette Giorni, de Rolando Colla, ou Son frère, de Patrice Chéreau, le comédien Bruno Todeschini est l’invité d’honneur. C’est en compagnie de l’actrice Emmanuelle Devos qu’il évoque son métier et plus précisément le lien entre partenaires masculins et féminins (Revolver Live! Unter Schauspielern/Entre acteurs, Kino Palace, sa 26, 17h). Le Prix d’honneur est remis à Giorgia De Coppi, assistante de réalisation, un métier méconnu. Un hommage sera rendu aux réalisateurs Yves Yersin et Alexander J. Seiler, ainsi qu’à l’opérateur Pio Corradi.

Un nouvel accord de coproduction ayant été conclu entre la Suisse et le Mexique, le festival présente dix films mexicains contemporains, dont Nuestro Tiempo, la dernière réalisation de Carlos Reygadas, représentatifs de différents registres, fiction, documentaires ou art & essai, reflétant la créativité suisse.

Classiques numérisés

Par ailleurs, les Journées de Soleure, soutenues par Migros, lancent «filmo», la première édition en ligne du cinéma suisse. Déterminé par des curateurs indépendants, ce «corpus de swiss films classiques» sera accessible sur différentes plateformes de streaming. Chaque année, sept à dix films seront numérisés. Les premiers à être projetés sur les bords de l’Aar sont Das Boot ist voll (1981), de Markus Imhof, Das Fräulein (2006), d’Andrea Staka, Der 10. Mai – Angst vor der Gewalt (1957), de Franz Schnyder, Die Letzte Chance (1945), de Léopold Lindtberg, et War Photographer (2001), de Christian Frei. Ils expriment tous, quelle que soit l’époque dont ils sont issus, des préoccupations contemporaines liées à la migration et à la guerre.


54es Journées de Soleure. Du je 24 au je 31 janvier. www.journeesdesoleure.ch