Pourquoi remettre en question une formule gagnante? Après les difficilement résistibles Happiness Therapy (Silver Linings Playbook) et American Bluff (American Hustle), multi-nominés aux Oscars, David O. Russell retrouve dans Joy son couple de comédiens fétiches. Et sur la base d’un récit véridique d’une réussite en dépit de circonstances défavorables, comme dans The Fighter, il propose à nouveau un drôle de feelgood movie. Seul regret: que la sauce ne prenne plus aussi bien cette fois, au point qu’on se demande si la méthode Russell ne serait pas effectivement du… bluff.

Neuvième opus de cet auteur de 57 ans, Joy devait à l’origine être le «biopic» de la femme d’affaires Joy Mangano, lancée dans les années 1990 par l’invention d’une serpillière «miracle» facilitant la vie de la ménagère. A l’arrivée, plus rien de ce que le genre peut avoir de compassé. Ni grand-chose de reconnaissable, à ce qu’il paraît. Héritant d’un scénario d’Annie Mumolo (Bridesmaids), Russell s’est approprié cette histoire pour en réaliser sa vision, avec quantité de personnages secondaires hauts en couleur comme il les affectionne.

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Joy commence ainsi comme l’histoire d’une famille un peu fêlée, où des parents séparés et leurs filles adultes vivent sous un même toit. Elle-même divorcée avec deux enfants, Joy a installé son ex à la cave, où il continue de rêver de devenir le Tom Jones vénézuélien! Maman reste au lit devant sa sitcom préférée tandis que papa, patron du garage d’à côté, se trouve une nouvelle compagne via les petites annonces. Seule sa grand-mère Mimi croit en elle (au point d’assurer la narration en voix off). Mais dès le jour où Joy a l’idée de sa miracle mop, on embraie sur une success story que rien n’arrêtera. Ni l’incrédulité de sa famille ni ses débuts difficiles sur les plateaux d’une chaîne de téléachat…

La magie n’opère pas vraiment

Bref, Joy est un drôle d’éloge au rêve américain, à la ténacité d’une femme, déguisé en comédie familiale. La dinguerie ambiante rappelle Preston Sturges, le fond optimiste Frank Capra. Mais il s’agit d’une autre époque. Russell invente une fausse sitcom avec des vraies stars du genre, fait revivre la redoutée comique de TV Joan Rivers, interprétée par sa fille. Il aurait même improvisé une bonne partie du film sur le tournage. Rien n’y fait, la magie n’opère pas vraiment. On reste un peu étranger à toute cette agitation, à attendre vainement que ça décolle.

Curieusement, Russell applique ici sans le savoir la directive de Nanni Moretti dans Mia madre de laisser les acteurs jouer un peu «à côté», de sorte qu’ils ne disparaissent jamais vraiment dans leur rôle. Mais dans quel but? Quant à l’adorable Jennifer Lawrence, elle apparaît encore une fois trop jeune pour son rôle, minant toute velléité de crédibilité. Même très regardable, Joy reste au bout du compte (et du conte) anecdotique. Comme cloué au sol par l’insignifiance de son rêve.


Joy, de David O. Russell (Etats-Unis 2015), avec Jennifer Lawrence, Robert De Niro, Bradley Cooper, Edgar Ramírez, Virginia Madsen, Isabella Rossellini, Diane Ladd, Elisabeth Röhm. 2h04 **