Rares sont les compositeurs de musiques de films qui parviennent à dépasser le rôle de simple illustrateur pour imposer un univers musical personnel, immédiatement identifiable. A cet égard, le parcours de Goran Bregovic tient lieu d'exception. Véritable star du rock yougoslave dans les années quatre-vingt à la tête du groupe White Button, le musicien fait la connaissance d'un autre ancien rocker reconverti dans le cinéma: Emir Kusturica. Séduit par son approche originale, le jeune réalisateur lui confie la musique de son troisième long-métrage, Le Temps des Gitans. Bregovic compose alors une partition fiévreuse, inspirée par le répertoire tzigane.

Le succès est énorme en Yougoslavie, où le morceau Ederlezi devient l'hymne des nationalistes serbes, au grand dam de Bregovic. S'inscrivant dans la mouvance world music alors en plein essor, la musique du Temps des Gitans offre au compositeur une reconnaissance internationale lui permettant d'élargir le champ de ses activités.

Outre ses collaborations avec Kusturica, Bregovic en vient à travailler avec les réalisateurs Patrice Chéreau (La Reine Margot), Radu Mihaileanu (Train de vie), et à habiller de son étoffe chamarrée les albums de Jane Birkin (Version Jane), Ofra Haza, Cesaria Evora, etc. Depuis quelques années, à la tête de son Weddings and Funeral Orchestra, Bregovic entraîne sur les scènes du monde entier son univers sonore brinquebalant. Un alliage entre musiques balkaniques et pop au demeurant réussi, n'était cette fâcheuse propension à vouloir inscrire ses compositions dans l'air du temps. Trop souvent, Bregovic entache ses morceaux de rythmiques électroniques d'un goût douteux.

Goran Bregovic, samedi 24 juillet, Grande Scène, 17h45.