Lyrique

La Juive ébranle l’Opéra de Lyon

Le Festival pour l’humanité affiche la rare «Juive» d’Halévy dirigé par Daniele Rustioni, dans une mise en scène d’Olivier Py. Spectaculaire

Le destin de La Juive de Jacques Fromental Halévy navigue entre gloire et oubli. Sa création luxueuse à l’opéra de Paris en 1835 déclencha un triomphe (un coût exorbitant de production, avec 20 chevaux notamment). Elle fut suivie de plus de 560 représentations françaises et d’un succès international fulgurant (4 versions dont une en yiddish). Des interprètes et chefs prestigieux (Caruso et Mahler en tête) s’y consacrèrent, et l’admiration de grands compositeurs (Berlioz, Wagner…) accompagna sa carrière. Puis l’oubli. La Juive disparaît des scènes parisiennes en 1934 pour le reste du XXe siècle. A Genève, l’oeuvre apparaît en 1964. A Lyon, elle opère aujourd’hui, dans le cadre du festival pour l’humanité, une formidable renaissance.

Plein les oreilles

Olivier Py et Pierre-André Weiss se concentrent comme toujours sur la noirceur soulagienne du décor et des lumières. Et sur celle d’une histoire qui émulsionne religion et passion. Ceux qui ont pu apprécier à l’Odéon en 2011 Adagio (Mitterrand, le secret et la mort), retrouveront un environnement familier: grande volée d’escaliers frontale, arbres décharnés et ouvertures lumineuses sur l’arrière.

Le dispositif lyrique, plus monumental et doté de tournettes aux lents déplacements de jardin à cour, densifie la tragédie. Mais sa verticalité et son manque de profondeur amplifient les voix et le choeur, sous lesquels Daniele Rustioni dirige la masse orchestrale au fouet, à son maximum d’intensité. La partition étant puissante, le public en prend plein les oreilles.

Musicalement, la direction explosive du jeune chef qui succédera dans deux ans à Kazushi Ono, n’arrange pas l’entrée en matière pompeuse de l’ouvrage. Mais au fil de la représentation, la souplesse s’installe dans cette oeuvre généreuse. Et la séduction des mélodies et l’habileté d’une écriture italianisante héritée du bel canto - entre vocalises, airs, cavatines et ensembles aux mélodies très classiquement entrelacées, rappellent l’influence déterminante de Cherubini, dont Halévy fut l’élève pendant 5 années. Si La Juive reste le seul de ses ouvrages lyrique dont le monde se souvient (sur une trentaine), ce n’est pas un hasard: Verdi y résonne déjà puissamment.

Belle hauteur de chant

Les chanteurs, très sollicités sur une grande étendue de registre avec des airs très exigeants, sont au feu. Rachel Harnisch y rayonne, habitant le rôle  dont elle porte le prénom avec élégance et vaillance, face à une Eudoxie séductrice et coquette à souhait (Sabina Puértolas), dont les aigus éblouissent. Roberto Scandiuzzi, à la profondeur de voix et au timbre caramélisé enrobant un personnage partagé entre paternalisme et rigorisme religieux, compose un Brogni saisissant alors que les ténors Nikolai Schukoff (Eléazar) et Enea Scala (Leopold) rivalisent de hauteur et de virtuosité. Vincent Le Texier (Ruggiero), Charles Rice (Albert) et  le reste d’une distribution homogène placent cette Juive, avec un choeur éclatant, à une belle hauteur de chant.


Opéra de Lyon. «Festival pour l’humanité» jusqu’au 3 avril, avec Benjamin dernière nuit, création de Michel Tabachnik et Régis Debray(LT 18 mars), L’Empereur d’Atlantis de Viktor Ullmann et Brundibar de Hans Krȧsa. Renseignements et location: 0033 69 85 54 54, www.opera-lyon.com   



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