Mike et Kyle (Kyle Marvin) étaient les meilleurs amis de la terre jusqu’à ce jour où, pédalant sur les hauteurs de Cannes, le premier avoue qu’il a couché avec la fiancée du second. Ce vaudeville à bicyclette est le premier de sept tableaux (enterrement, Thanksgiving, Noël, sports d’hiver, mariage…) réalisés en quasi-plans séquence. Michael Angelo Covino (qui tient le rôle de Mike) y analyse l’amitié toxique et inaliénable de deux adulescents. Doté d’une capacité de nuisance infinie, Mike est le bourreau; doux, passif, Kyle est une victime de rêve à qui sa femme, Marissa, enseigne péniblement à dire «non».

Le réalisateur se réjouit que la France ait aidé à faire The Climb, «impossible à produire aux Etats-Unis». N’exagérons rien: le cinéma indépendant américain a déjà produit un certain nombre de buddy movies pleins de nonchalance existentielle et sexuellement actifs. Projeté en compétition au Festival de Cannes 2019, ce Jules et Jim à la mode Sundance renvoie à nombre de comédies de Noah Baumbach ou Greta Gerwig, en plus foutraque, voire au cinéma de Wes Anderson, en plus potache.

Rencontre avec Wes Anderson autour de son «Ile aux chiens»

Les deux ballots et la gerce se prennent des muflées titanesques, la famille heureuse de Kyle a tout du nid de serpents, Mike se met minable à Noël, déguille le sapin dans son effondrement éthylique, drague la femme de son pote; Marissa a envie de s’envoyer en l’air, Kyle ronfle ivre mort, elle soupèse navrée son pénis qui retombe telle une limace morte et forcément on rigole… Quelques traits surréalistes relèvent le niveau de ce crash test de l’amitié, comme le trio slave qui chante la sérénade sur un lac gelé ou, au cimetière, le chœur des fossoyeurs entonnant un gospel impromptu.


The Climb, de et avec Michael Angelo Covino (Etats-Unis, 2019), avec Kyle Marvin, Judith Godrèche, Gayle Rankin, 1h34.