Lorsqu'une femme, l'écrivain et psychanalyste Julia Kristeva, raconte – avec autant de chaleur que de rigueur – la vie, les doutes et surtout les voies nouvelles ouvertes par trois autres femmes, visionnaires ou créatrices d'exception, Hannah Arendt, Melanie Klein et Colette, cela donne quelque 1300 pages au titre éloquent, Le Génie féminin. Les deux premiers volets de ce passionnant triptyque sont aujourd'hui disponibles en Folio; le troisième, Colette, paraîtra en 2004. Sous la plume de Julia Kristeva, le rapprochement entre la philosophe, la psychanalyste et bientôt la romancière semble aller de soi. L'histoire comparée de ces grandes amoureuses montre notamment l'«héroïsme lucide de ces femmes qui, dans un siècle livré à la barbarie et à la technique, auront tenté de sauver la possibilité de penser». Ces deux tomes, en particulier, éclairent les correspondances inattendues entre les recherches d'Arendt et celles de Klein: relation à l'autre, question du partage, interrogations sur l'essence de la vie, de la folie, art de mêler la réflexion et l'action personnelle… Julia Kristeva écrivait en 1999: «Le siècle prochain sera féminin pour le meilleur ou pour le pire.» Ce dont elle nous convainc ici avec brio, c'est que le pire est loin d'être certain.