jazz

Julian Lage, la guitare réoxygénée

Le jeune prodige cartonne chez tous les gratteux de la jazzosphère

Genre: JAZZ
Qui ? Julian Lage Group
Titre: Gladwell
Chez qui ? (Emarcy/Universal)

Vous vous êtes juré de ne plus réagir docilement aux révélations minute colportées par des spécialistes à l’affût du moindre bruissement de nouveauté? Faites une dernière exception pour Julian Lage, jeune prodige de la six-cordes repéré par Gary Burton – pas un sourd, celui-là –, qui se l’est d’abord gardé pour ses formations à lui, avant qu’il ne s’y sente irrémédiablement à l’étroit.

Pur enchantement, ce Gladwell échappe aux jets de virtuosité glacée qui sont devenus le péché mignon de Burton, pour atteindre une sorte de no man’s land stylistique qui intrigue avant de séduire. Juste pour donner une idée, on évoquera une certaine imagerie folk, telle que revisitée par Bill Frisell, auquel on pense souvent ici pour l’étrangeté sans tapage des climats, on allait dire des paysages tant tout cela est pictural.

Autre piste, autre aventure: signer «Julian Lage Group», c’est lorgner incidemment vers ce «Pat Metheny Group» dont le son est devenu, pour le meilleur souvent et le plus fade parfois, indissociable des années 80. Pas exclu que telle soit l’ambition de Lage, lui qui clame haut et fort son envie de défroquer la guitare jazz, de la déloger des cénacles de puristes où l’asphyxie la guette pour la replacer bien au centre du village global. Une opération qu’il pratique avec un époustouflant doigté, hors dérive démagogique, comme si de son succès devait dépendre la réoxygénation stylistique d’un instrument à bien des égards dépoétisé.

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