La Fille du Régiment de Donizetti, c’est une histoire charmante, à la naïveté consommée et à la trame bien mince. La soprano française Julie Fuchs (Marie) et le ténor québécois Frédéric Antoun (Tonio) forment un joli couple à l’Opéra de Lausanne. On assiste à leurs amours naissantes dans une mise en scène de Vincent Vittoz qui joue la carte de la transposition.

Aux soldats d’une troupe napoléonienne censée occuper le Tyrol, il substitue un groupe de «gueules cassées», sorties de la Première Guerre Mondiale. Ces mercenaires sont grimés à la manière de clowns, aux visages effectivement marqués par des éclats d’obus, ce qui leur donne une allure fantomatique. Les costumes sont très colorés, quoique un peu grossiers, et l’on peine à comprendre que des soldats déchiquetés par la guerre – et donc démobilisés – puissent représenter une troupe de joyeux drilles œuvrant au service de la patrie.

Or, il y a plus d’une invraisemblance dans le livret même de La Fille du Régiment. Marie, orpheline recueillie par les soldats du 21e régiment, est le fruit d’une liaison illégitime. Elle ne connaît ni son père ni sa mère biologique. Par le plus grand des hasards, cette fille de la campagne va retrouver sa mère, une marquise hautaine et ridicule, qui se présente d’abord comme sa tante (par peur que cette liaison illégitime soit révélée au grand jour)! Toute l’histoire est alambiquée, de sorte qu’on n’en est pas à une invraisemblance près.

Ce qui compte, ici, c’est la musique, et l’on applaudit Frédéric Antoun en Tonio. Le ténor incarne ce paysan tyrolien qui parviendra à s’unir à la vivandière Marie, alors même qu’il est l’ennemi des soldats français. Le fameux air «Ah mes amis» est mené avec éclat, les redoutables contre-ut chantés en voix de poitrine, tandis qu’il développe un style soigné et modelé dans les passages plus lyriques.

Extrêmement dégourdie scéniquement, Julie Fuchs possède un très joli timbre lumineux. Ses vocalises limpides et sa diction française sont admirables. Certes, on a connu des timbres à la couleur plus typiquement belcantiste, mais elle sait émouvoir par ailleurs dans l’élégiaque «Par le rang et par l’opulence». Pierre-Yves Pruvot compose un Sulpice bourru et truculent, Alexandre Diakoff est un impayable Hortensius et la marquise d’Anna Steiger (dont la voix se fatigue au fil de la soirée) forment une troupe soudée sous la baguette de Roberto Rizzi Brignoli. Mention spéciale aux choristes masculins de l’Opéra de Lausanne!


"La Fille du Régiment" de Donizetti, ve 18 mars à 20h, di 20 mars à 15h. www.opera-lausanne.ch