Il compose comme il respire. Julien Pinol, 32 ans, évoque pêle-mêle Beethoven, Mozart, Varèse, Brassens et les Beatles parmi ses modèles. A leur écoute, il s'est forgé une oreille, a voulu à son tour coucher des notes sur le papier. Ce guitariste et contrebassiste français, actif dans le free jazz, se consacre depuis peu à la voix. Le Corbeau, son deuxième opéra de chambre qu'il crée ce soir à l'Alhambra de Genève avec Jean Schlegel en récitant, des chanteurs et musiciens ad hoc, le tout mis en scène par Monique Décosterd, s'inspire du poème d'Edgar Allan Poe.

«J'assume mon parcours d'autodidacte», déclare ce compositeur et improvisateur. Zigzaguant entre le classique, le jazz, la musique contemporaine et les musiques du monde, Julien Pinol, fidèle de l'AMR, a collaboré avec des grands jazzmen (Roscoe Mitchell, Anthony Coleman, Hans Koch) et voue une passion à l'opéra. S'il a prêté sa plume de compositeur à des théâtres et à des metteurs en scène (dont Gabriel Alvarez), il trouve ici matière à élaborer une substance dramatique plus riche. «Ce qui me manquait, surtout, c'était le côté intemporel du chant. Contrairement à la parole, le chant dépasse l'incarnation pure et simple des personnages.»

Sa musique? Ni tonale ni atonale. C'est en étudiant les partitions de grands compositeurs (Haydn, Beethoven, Mozart, Wagner…) que Julien Pinol a appris à faire parler les sons. Il cite Bruckner et Varèse: «Chez l'un comme chez l'autre, il y a des plans sonores simultanés, des changements de perspectives, comme lorsqu'un nuage passe.» Son dernier opéra, dépourvu d'entracte, d'actes et de numérotations scéniques, développe un univers en apesanteur. «J'aime le sentiment que procure l'absence de repères temporels: c'est comme si soudain, les horloges s'arrêtaient.» La musique se veut «à perte de vue», se déplace à travers les timbres et les mouvements sonores en un climat de rêverie. «Pour faire de la musique, il faut évacuer l'ego, ce qui prend du temps. Il s'agit d'entrer en intimité avec soi-même, de même qu'avec la nature.»

Le Corbeau. 1, 2, 3 et 4 décembre à 20 h 30, à l'Alhambra de Genève (10, rue de la Rôtisserie). Loc. 078/633 55 84.