Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Même si Juliette Armanet peut rappeler Véronique Sanson, il y a dans son approche quelque chose de foncièrement pop.
© Erwan Fichou & Théo Mercier

Musique

Juliette Armanet: «La musique, c’est un art de l’invisible»

Quelques semaines après son passage au Montreux Jazz Festival, la chanteuse française est de retour en Suisse. Aux Francomanias de Bulle, elle se produit en solo. Coup de fil à une artiste bouleversante

En février dernier, face au beau duo romand Aliose, elle remportait la Victoire de la musique de l’album révélation. Aucune contestation possible: le premier enregistrement de Juliette Armanet, Petite Amie, récemment réédité dans une «édition délice», est une vraie merveille. Il y a chez la Française un vrai amour de la belle chanson, des arrangements délicats, des mélodies qui parlent à l’âme et aux tripes. Comme elle est chanteuse et pianiste, on l’a parfois comparée à Véronique Sanson. Réducteur, forcément. Car même si elle peut parfois rappeler son aînée, il y a dans son approche quelque chose de foncièrement pop.

A lire:  Aliose, tu chantes, moi aussi

Voilà quasiment deux ans que Juliette Armanet est sur la route. Même si elle se réjouit de bientôt s’accorder «une petite pause», elle évoque «une aventure géniale» et trouve qu’«il y a un truc très exaltant dans l’idée de consacrer sa vie à la scène, un côté troubadour à l’ancienne, avec des émotions hyper réjouissantes et très addictives». Quelques semaines après un concert en groupe au Montreux Jazz, la voici aux Francomanias de Bulle en mode piano solo. L’occasion d’une petite conversation téléphonique, avec quintes de toux entre deux réponses. La faute à une méchante bronchite. «J’espère que ça ira pour le festival…»

Le Temps: Vous revenez en Suisse en solitaire. Vous retrouver seule au piano, c’est une respiration nécessaire?

Juliette Armanet: A vrai dire, ce côté piano solo me fait plus peur qu’avant maintenant que j’ai pris l’habitude d’être en groupe, de pouvoir m’appuyer sur mes musiciens. Ce n’est pas du tout la même énergie, il y a quelque chose de plus proche du récital, de plus intérieur, alors que dans les shows qu’on donne en groupe, il y a de la danse et plein de lumière, c’est hyper tonique.

Est-ce qu’une bonne chanson, c’est une chanson qui peut être dépouillée de tout arrangement et interprétée en solo?

J’ai l’impression que oui. Si une chanson tient la route sans orchestration particulière, ça veut dire que sa structure est bonne, que le récit à la fois mélodique et littéraire se suffit à lui-même. Après, il y a des chansons qui sont des prouesses d’arrangement et qui perdent de leur sens lorsqu’on les dépouille. En tout cas, mon répertoire peut se jouer en mode piano-voix; je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, mais c’est plutôt rassurant quant au contenu des chansons. Et ce qui est vrai, c’est qu’on n’entend pas les mêmes émotions quand je les joue en solo ou en version orchestrée.

«Y a comme un pin’s de nostalgie planté tout droit dans ma poitrine», chantez-vous sur Manque d’amour. La nostalgie, ou la mélancolie, est une émotion très présente sur votre disque, comme sur A la folie, une chanson bouleversante sans qu’on puisse vraiment expliquer pourquoi. La musique est-elle pour vous avant tout un vecteur d’émotions?

Oui, je crois que c’est ça, c’est bien résumé. La musique, c’est un art de l’invisible, il y a quelque chose de totalement instinctif qui fait que lorsqu’on écoute Michael Jackson, on a envie de danser, alors que lorsqu’on écoute Barbara, on a envie de pleurer. Il y a une immédiateté dans l’émotion qui n’est pas forcément «intellectualisable». Une bonne chanson doit pouvoir arriver à transmettre ce qu’on a ressenti en la composant, et ce n’est pas évident à faire.

Lors de la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes, vous avez chanté «Les moulins de mon cœur», écrit par Michel Legrand pour «L’affaire Thomas Crown». On sent bien chez vous l’influence de la grande tradition française des musiques de film, Legrand, Georges Delerue, François de Roubaix…

D’une certaine manière, j’ai l’impression que Michel Legrand ou les bandes originales des films de Claude Sautet m’ont influencée de manière assez inconsciente, sans que je m’en aperçoive. Parce que les chansons, dans la belle tradition française, celle de la belle variété, ont quelque chose d’assez cinématographique. Ce sont de petits films à part entière.

Pour l’émission «Taratata», vous avec récemment interprété en duo avec Katerine «Désir, désir», de Laurent Voulzy et Véronique Jannot, et «Les microsillons»  avec son auteur, Alain Chamfort. Mais aussi «Couleur menthe à l’eau», avec Eddy Mitchell, pour son album de duos. Est-ce qu’en interprétant les chansons et les mots des autres, on apprend aussi quelque chose sur soi? C’est une bonne école?

Ah, c’est une bonne question… En fait, ce n’est pas l’école la plus facile. Lorsqu’on aime une chanson passionnément, il y a de la pudeur, ou même parfois de l’impossibilité, à la reprendre. Mais ça peut être une bonne école de rentrer dans l’architecture d’une chanson, dans son squelette, afin d’essayer de comprendre comment elle a été faite. On m’a une fois demandé d’interpréter Un homme heureux, une chanson de William Sheller que j’adore, et je ne m’attendais pas à ce que la partition de piano soit aussi complexe. Ça m’a beaucoup émue. Quand une chanson est réussie, on a une sensation d’évidence absolue même si elle est très savamment composée.

Lire aussi:  Eddy de Pretto, le sacre des paradoxes

A l’instar d’Eddy de Pretto, qui aime autant Claude Nougaro que Kanye West, vous êtes parvenue à réconcilier deux publics, deux chapelles: les amateurs de chanson française et ceux de pop…

C’est possible, mais je n’aurais pas la prétention de le dire. J’ai en tout cas l’impression qu’il y a un beau renouveau de la variété. Il y a eu un moment où c’était devenu impossible d’imposer un album de variété en France. Or depuis trois ou quatre ans, il y a une très belle génération de chanteurs qui est en train de naître et de redonner de l’élan à la chanson française, qui était en panne de public et d’inspiration.


Juliette Armanet en concert aux Francomanias de Bulle, Cour du château, vendredi 31 août à 21h45. Complet. Le festival se déroule jusqu’au 1er septembre.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps