Icône de la chanson française, Juliette Gréco est morte mercredi à l'âge de 93 ans après plus de 60 années d'une carrière où elle a interprété les plus grands, de Vian à Prévert, en passant par Aznavour et Gainsbourg.

«Juliette Gréco s'est éteinte ce mercredi 23 septembre 2020 entourée des siens dans sa tant aimée maison de Ramatuelle. Sa vie fut hors du commun», a déclaré la famille dans un texte transmis à l'AFP. «Elle faisait encore rayonner la chanson française à 89 ans». Jusqu'à l'accident vasculaire cérébral qui l'avait frappée en 2016, année où elle également perdu sa fille unique Laurence-Marie.

Lire l'entretien qu'elle a accordé au «Temps» en 1998: «Je ne crois pas en Dieu; je crois en Jésus, un homme, un mec»

Encore tout récemment, celle qui a également triomphé à la télévision dans la série «Belphégor» en 1965, proclamait son amour inconditionnel de la chanson. «Cela me manque terriblement. Ma raison de vivre, c'est chanter! Chanter, c'est la totale, il y a le corps, l'instinct, la tête», déclarait-elle ainsi dans un entretien publié en juillet dans l'hebdomadaire Télérama.

«C'est une très grande dame qui s'en va», a réagi auprès de l'AFP Alexandre Baud, producteur de sa dernière tournée.

La muse de Saint-Germain-des-Prés

Née le 7 février 1927 à Montpellier, elle commence sa carrière dans l'après-guerre, dans un Paris libéré où la toute jeune femme séduit alors, par sa beauté et son esprit, les intellectuels et artistes de Saint-Germain-des-Prés. «Saint-Germain a perdu sa muse. Saint-Germain a existé par Juliette. Saint-Germain est deuil et la pleure. Je suis très triste. Juliette était une interprète plus encore qu'une chanteuse. Elle disait les poètes», a déclaré Line Renaud à l'AFP.

Sur scène, Juliette Gréco chante d'abord Raymond Queneau ou Jean-Paul Sartre à qui elle doit ses premiers succès, Si tu t'imagines... et La Rue des Blancs-Manteaux. Dès 1954, c'est la consécration avec un premier passage à l'Olympia. Elle élargit au fil du temps son répertoire avec Prévert, Desnos, Vian, Cosma. Ou encore Charles Aznavour qui signe Je hais les dimanche, Léo Ferré sa Jolie môme ou encore Serge Gainsbourg qui lui offre La Javanaise.

Beaucoup plus récemment, celle qui a survécu aux modes chantait aussi Olivia Ruiz et Benjamin Biolay, ou encore Miossec, qui avait écrit sa toute dernière chanson, Merci, présentée en 2015, année où elle entame sa tournée d'adieux.

«Une casseuse de codes»

«Mon coup de coeur c'est évidemment la chanson Déshabillez-moi», a commenté sur RTL la ministre de la Culture Roselyne Bachelot. «Juliette Gréco fait de tout un chef d'oeuvre, elle a fait de sa vie un chef d'oeuvre et cette chanson transgressive, c'est le symbole de cette casseuse de codes, de cette casseuse d'image», a-t-elle ajouté.

Un «Déshabillez-moi» qu'elle chantait encore en fêtant sur scène à Paris, début 2016, ses 89 ans: «Je ne devrais pas le chanter, je sais, je sais mais je vais le faire», disait-elle alors, espiègle, au Théâtre de la Ville, où elle avait créé cette chanson en 1968.

Divorcée du comédien Philippe Lemaire, père de sa fille unique, puis de l'acteur Michel Piccoli, Juliette Gréco avait épousé en 1988 son pianiste et arrangeur Gérard Jouannest, décédé en 2018.