Il était d'une grande beauté. Habit de scène de fibres colorées, habit de ville souvent de cuir, Housséni Coulibaly arpentait les rues de Genève et les salles de concert mondiales avec la même grâce. Saison morne pour les hérauts de la musique africaine. Après la mort du fondateur de Farafina, Paco Yé, le mois dernier, le décès précoce de Housséni accable ceux qui savent de près ou de loin l'histoire des musiques noires en Suisse. Suite à une longue maladie, qui l'avait écarté des projecteurs depuis une année, le percussionniste burkinabé laisse derrière lui sa moitié. Lassina, son frère, son jumeau de sang. Avec lequel il avait fondé il y a dix ans une formation nommée Badenya les Frères Coulibaly.

La musique «bwa»

Installés en Suisse au début des années 90, les jumeaux Coulibaly et leur frère aîné, Souleymane, ont appris à frapper dans une cité cardinale de la rythmique ouest-africaine. A Bobo-Dioulasso, là où Farafina et une foison d'autres musiciens sont nés, la fratrie a étudié les pulsations secrètes, les morceaux anciens et la soif du jeu. En quelques années de tournées, ils sont devenus une des références absolues en matière de musique bwa. Accompagnés de leurs neveux, les Frères Coulibaly n'ont jamais cessé d'investir les scènes les plus prestigieuses. Ils ont sorti à ce jour deux albums qui valorisaient leur patrimoine sans blackbouler la part de métissage que leur parcours propre, à mi-chemin des continents, a généré.

Agé de 33 ans, Housséni Coulibaly était probablement le plus conscient de cet héritage duel. Etre au charisme imparable, frappeur de peau, chanteur et danseur de rêve, il donnait aux assauts percussifs les plus complexes l'allure d'un jeu d'enfant. Une promenade de santé. Il avait encouragé le groupe dans son goût des rencontres. Avec Baba Maal, Youssou N'Dour ou même le guitariste Santana en juin dernier. Récemment, il avait participé à l'enregistrement de quatre morceaux avec le clavier Jean-Philippe Rykiel et le chanteur phare de Guinée, Sékouba Bambino Diabaté, pour un futur album nommé Massa-Ba. «Massa-Ba», grand Dieu. Mardi, à l'aube, Housséni Coulibaly est mort. Les Frères Coulibaly venaient de quitter une scène genevoise. Leur dernier concert de la tournée, avant de retourner au Burkina Faso comme ils en avaient l'habitude. Cette année, le voyage sera triste.

Badenya les Frères Coulibaly. «Seniwe» (Trace/COD). «Anka Dia» (Ethnic/Audivis).