On en connaît qui vendraient leur mère pour un récital de June Anderson. Partie dans la vie pour apprendre les langues, June Anderson, en Bostonienne de bonne éducation, a touché à la musique tôt, commençant le chant à 11 ans. Après des études de littérature française et de musicologie à l'Université de Yale, elle entre en carrière avec l'un des rôles les plus exposés, la Reine de la Nuit de La Flûte enchantée de Mozart. C'était au New York City Opera, en 1978, et elle se souvient d'y être allée tout de go: «Je n'avais répété ni sur scène, ni avec l'orchestre, a-t-elle déclaré dans une interview. Mais j'étais tellement jeune, et la Reine de la Nuit ne m'effrayait pas du tout. C'est quelques années plus tard que je me suis dit: «Tiens, ces airs sont difficiles», et que j'ai commencé à avoir peur.»

June Anderson a aussitôt connu une gloire fulgurante, apparaissant comme une seconde Joan Sutherland, capable de ressusciter les héroïnes du bel canto le plus virtuose et le plus exigeant en matière stylistique. Un aigu époustouflant d'assise et de lumière, une agilité technique phénoménale: avec les années, elle n'a cessé d'affiner cette maîtrise des infimes nuances, couleurs, phrasés, qui composent la rhétorique lyrique des Bellini, Donizetti, du premier Verdi, dont elle fait son répertoire presque exclusif.

C'est donc sur ce terrain qu'on l'attendait, après la Norma extrêmement raffinée qu'elle a chanté à Genève, poussée aux limites de l'artifice. Eh bien pas du tout: la voici toute musical, avec un best of de «songs» des maîtres de Broadway: Rodgers, Kern, Cole Porter, Sondheim, couronné par les plus grands airs de Leonard Bernstein (du «Tonight» de West Side Story au très culte «Glitter and be Gay» de Candide). Une overdose de glamour. A deux jours du passage de témoin à la Maison-Blanche, c'est de bonne guerre.

June Anderson au Bâtiment des Forces Motrices, Genève, jeudi 18 à 20h. Loc. Billetel ou 022/418 31 30.