Manoel est un lecteur invétéré qui dévore tout ce qui lui tombe sous la patte. Mais le jour où Luizao, le jeune narrateur de ce roman désopilant, lui offre Histoires comme ça, son sang de tatou ne fait qu’un tour: le gars qui a écrit Le commencement des Tatous ne connaissait rien à son sujet, cet imposteur mérite une bonne petite mise au point!

Matthieu Sylvander pose alors Luizao et Manoel dans une pirogue, car l’action se passe au cœur de la jungle brésilienne, et les voilà partis à la recherche d’un certain Kipling qui pourrait bien être ce «type coriace qui cherchait des diamants dans le Minas Gerais et traînait avec Bonanza Sampaio de Souza», après avoir été agent secret à Santiago.

Le ton est donné: de l’humour, des malentendus, beaucoup d’aventures, mais aussi de bonnes et de mauvaises rencontres ponctuent ce récit dont la lecture est parfaitement savoureuse, et dont les images, avec leurs commentaires décalés, apportent encore d’autres sourires!

Un excellent livre, à l’écriture virtuose, bourré d’allusions, de références et de clins d’œil, mais qui n’oublie jamais l’âge et les intérêts de ses lecteurs.


Matthieu Sylvander
Illustr. de Perceval Barrier
Manoel le liseur de la jungle
L’école des loisirs. Dès 9 ans.
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Gravité et vivacité

Dans Demain n’est pas un autre jour, Robyn Schneider imagine de jeunes Américains touchés par une forme inguérissable de tuberculose.

Ce point de départ futé permet de confronter nombre d’univers: les malades et les bien portants, la vie d’avant et la vie actuelle, l’intérieur et l’extérieur; car c’est dans le monde (en théorie) clos d’un sanatorium que se retrouvent ces ados.

Lane, le nouveau venu, et Sadie, dont c’est la seconde année sur place, prennent tour à tour la parole, alternant ainsi les points de vue: sur leur petite bande d’amis, frondeurs et rebelles, sur les enseignants et le corps médical, sur leurs familles respectives et, au fur et à mesure que le récit avance, sur leur belle histoire d’amour.

Les romans dont l’intrigue se passe dans un pensionnat sont légion en littérature anglo-saxonne, mais rares sont ceux qui évoquent la maladie, et de façon aussi directe, terrifiante, lumineuse.

L’auteure n’offre pas de happy end à ses lecteurs, mais la gravité des dialogues ne cesse d’être contrebalancée par leur vivacité, et le découragement cède le pas devant les belles philosophies de vie qui portent le récit.


Robyn Schneider
Trad. de Nathalie Peronny
Demain n’est pas un autre jour
Gallimard jeunesse. Dès 14 ans.
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