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«Jurassic World: Fallen Kingdom»    
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struthiomimus

«Jurassic World: Fallen Kingdom»: les dinosaures reviennent, et ils ont faim

Disparus il y a 65 millions d’années, ressuscités par Steven Spielberg il y a vingt-cinq ans, les lézards terribles pullulent sur grand écran. Ils ont du mal à nous émerveiller

Un sous-marin prélève des ossements au fond de la mer. Le submersible fait marche arrière vers une masse sombre qui s’ouvre en gueule de Léviathan. Scrounch! Le mosasaure gobe telle une cacahuète le véhicule et ses deux habitants. Avaler une tonne de verre et d’acier, de carburant et de cambouis? Il ne faut pas prendre les dinosaures pour plus bêtes qu’ils ne l’étaient…

La cinquième déclinaison de la franchise Jurassic, lancée en 1993 par Steven Spielberg, réduit les titans du mésozoïque à leur fonction dévoratrice. Dotés d’un appétit insatiable, les bestiaux pantagruéliques sont les avatars transgéniques des ogres et des loups des contes d’antan.

Tiré d’un roman de Michael Crichton, Jurassic Park a fait sensation parce que l’imagerie de synthèse déployait pour la première fois sa puissance et donnait à voir les «lézards terribles» comme on ne les avait jamais vus. Mais aussi parce que la dynamique du film s’appuyait sur la théorie du chaos. Les films suivants (Le monde perdu, 1997; Jurassic Park 3, 2001) et le reboot de 2015 (Jurassic World, 1,6 milliard de dollars de recettes!) se contentent de reproduire le schéma de l’apprenti sorcier dépassé par sa création en compagnie de paléontologues intrépides, d’enfants en détresse et de faiseurs d’argent sans scrupule.

Une revue de presse à propos de l'avant-dernier film: «Jurassic World», la suite à retardement qui séduit la critique

Tricératops mastoc

Vingt-deux ans après la faillite de Jurassic Park, un nouveau parc a ouvert ses portes sur Isla Nublar: Jurassic World. L’Indominus rex, un super-prédateur génétiquement modifié, s’évade et c’est la débandade. Trois ans plus tard, une éruption volcanique menace l’île. Faut-il sauver les sauriens survivants, comme le professent les amis des bêtes, ou les laisser retourner au néant dont le génie génétique n’aurait jamais dû les tirer, comme le stipule le Dr Malcolm (Jeff Goldblum), mathématicien pessimiste?

Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), ex-directrice de Jurassic World, est mandatée par un milliardaire pour transférer les dinosaures sur une île déserte. Elle s’associe à Owen Grady (Chris Pratt), fameux dompteur de vélociraptors. Accueillis sur Isla Nublar par des mercenaires patibulaires, les deux spécialistes comprennent qu’ils ont été dupés: seule la valeur commerciale des dinosaures intéresse leur commanditaire.

Le volcan entre en éruption. Grand stampede! Bombardés de pierres volcaniques, gallimimus minuscules, tricératops mastocs, ankylosaures cuirassés, struthiomimus nigauds, allosaures crocodiliens s’égaillent entre les torrents de lave, tandis que Claire, en roue libre à bord d’un véhicule sphérique, chute d’une falaise…

T-rex endormi

Reprenant la structure du Monde perdu, la seconde partie de Jurassic World: Fallen Kingdom se déplace aux Etats-Unis. Dans un manoir géant se retrouvent pontes de la pharma, magnats du pétrole, oligarques russes et dictateurs. Qui pour tirer un aphrodisiaque d’un scrotum de stégosaure, qui pour offrir un tricératops à son enfant chéri, ils participent à une vente aux enchères faramineuse. Le gros lot, c’est l’Indoraptor: croisement d’Indominus et de raptor, ce dernier produit du génie génétique est une arme vivante absolue. La théorie du chaos prend une tournure comique lorsqu’un pachycéphalosaure, champion du coup de boule, démantibule la vente aux enchères.

Le Barcelonais J. A. Bayona (A Monster Calls) est derrière la caméra. Il remplit sans génie son cahier des charges: musique tonitruante, surenchère d’effets spéciaux, petite orpheline émouvante, et dynamique calquée sur la logique dite «de Charybde en Scylla»: un dinosaure plus gros, plus affamé chasse l’autre.

Les seuls moments troublants sont ceux où la mort mêle son souffle à celui de l’action. Soit les ruines des parcs d’attractions, les dinosaures ressuscités confrontés aux ossements millénaires de leurs semblables ou le brachyosaure solitaire mugissant dans l’embrasement de son biotope. L’émotion s’est absentée. Les grands sauropodes qui suscitaient l’enthousiasme en 1993 laissent désormais indifférent. Les vélociraptors grisâtres, les tricératops trapus comme des crapauds sont moches. Et lorsque Claire chevauche un T-rex endormi, elle désacralise définitivement le carnassier antédiluvien. Faut-il revenir aux illustrations de Zdenek Burian et aux créatures en stop motion de King Kong pour continuer à rêver avec les dinosaures?


Jurassic World: Fallen Kingdom, de J. A. Bayona (Etats-Unis, Espagne, 2018), avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Jeff Goldblum, Ted Levine, Toby Jones, James Cromwell, 2h08.

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