Livres

Jusqu’où ira le Salon du livre de Genève?

Rien n’arrête la dynamique qui porte l’événement depuis trois ans. Au programme, plus d’auteurs, plus d’éditeurs, plus de scènes thématiques

Jusqu’où ira le Salon du livre de Genève?

Evénement Rien n’arrête la dynamique qui porte l’événement depuis trois ans

Au programme, plus d’auteurs, plus d’éditeurs, plus de scènes thématiques

Le Salon du livre et de la presse de Genève bouge, et bouge vite. En trois ans, la mue est frappante. Sous la houlette du tandem Isabelle Falconnier, présidente, et d’Adeline Beaux, directrice, la manifestation s’est réinventée en une formule qui se démarque des salons du livre traditionnels tels que continuent d’être ceux de Paris et Bruxelles. Au salon professionnel d’exposants (à Genève, jusqu’en 2011, principalement des diffuseurs d’éditeurs français et des éditeurs suisses) a succédé une formule qui combine stands d’éditeurs et festival littéraire (à savoir des auteurs qui viennent débattre avec les lecteurs) éclaté en plusieurs scènes thématiques (BD, développement personnel, littérature suisse, etc.)

Mi-salon, mi-festival: le 28e Salon du livre, qui ouvre ses portes aujourd’hui à Palexpo, confirme et signe. Cette édition comprend encore plus d’auteurs (856, contre 715 en 2013), plus d’animations (2223, contre 1252 en 2013) et plus de scènes thématiques (huit, contre quatre en 2013). Parmi les nouveautés cette année, une scène dévolue aux polars, une autre au voyage ou encore ce vaste Pavillon des cultures arabes, où écrivains, penseurs et poètes vont lire et débattre avec les visiteurs.

C’est la Fondation pour l’écrit, organe faîtier de la manifestation, où siègent notamment l’Etat de Genève, actionnaire majoritaire, et la Ville, qui finance la part «festival» du salon. Pour absorber l’augmentation générale de l’offre faite au visiteur, des choix ont été faits, comme celui de diminuer la place réservée aux expositions. Une augmentation du soutien de la Loterie Romande a aussi joué son rôle. Mais pas seulement: «Chaque scène thématique se monte avec des solutions de financement propres», précise Adeline Beaux.

Face à la multiplication des sources d’informations et de loisirs, le livre doit être défendu de façon plus créative et offensive, la cause est entendue pour les professionnels du livre, de Paris à Bruxelles en passant par Genève. «La formule du Salon du livre tel qu’il existait il y a quinze ans est obsolète. Il faut créer l’événement autour des livres. Un salon, avec des moyens dont ne disposent pas les éditeurs ou les libraires, est le lieu idéal pour cela. Il faut veiller néanmoins à ce que, passé les cinq jours de la manifestation, le monde du livre en Suisse romande demeure capable d’attirer le public. L’idéal serait que le salon donne l’envie aux visiteurs de se rendre en librairie par la suite», souligne Gabriel de Montmollin, directeur des Editions Labor et Fides et membre de la Fondation pour l’écrit.

Ana Garcia, directrice de la Foire du livre de Bruxelles, déploie le même souci d’invention pour capter l’intérêt des visiteurs. Elle estime qu’elle et son équipe dé­veloppent un esprit de festival ­littéraire depuis plus de dix ans: «Nous restons néanmoins dans une présentation classique, avec des stands d’éditeurs et de diffuseurs. Quelques pôles, BD ou cuisine, se distinguent, mais l’offre reste très généraliste.»

Genève a fait un pas de plus. Le visiteur qui entre au salon dès aujourd’hui découvre un espace réparti par thèmes. De grands lampadaires blancs attirent le regard: Scène du crime, BD, Place du moi, Voyage, Salon africain, Place suisse, etc. A chaque pôle, une librairie spécialisée comportant une offre de très loin supérieure à ce que peut offrir une librairie en temps normal, une scène pour accueillir les auteurs invités et un bar attendent les visiteurs.

Un salon très tourné vers le lecteur, donc. «On poursuit la tradition populaire chère au fondateur, Pierre-Marcel Favre. Le livre ne doit pas faire peur, il appartient à tout le monde. La présence des auteurs le rend plus proche. Et les thématiques aussi», estime Isabelle Falconnier.

Et comment les éditeurs jugent-ils ces scènes et ces librairies qui ont surgi depuis deux ans? «L’énergie qui circule dans le salon est palpable. Et la programmation a réussi à mettre le livre en majesté. En un mot, on s’y sent bien. Maintenant, il faudrait faire attention à ne pas viser trop grand. Il faut soigner l’accompagnement des auteurs, par exemple. Si on augmente encore les scènes, il faudra songer à augmenter le personnel en conséquence», estime Caroline Coutau, des Editions Zoé.

Est-ce que le concept du salon genevois est au maximum de son développement avec cette édition 2014? «C’est vrai que c’est un peu notre mètre étalon. Nous allons voir comment le public réagit. Mais nous avons déjà des idées d’autres scènes thématiques qui pourraient être programmées par tournus. Autour des sciences humaines et de la philosophie, par exemple», conclut la directrice.

«L’idéal serait que le Salon du livre donne aux visiteurs l’envie d’aller en librairie par la suite»

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