Devenu pour ses soutiens un symbole du combat pour la liberté d'informer, Julian Assange, 49 ans, ne doit pas être extradé aux Etats-Unis, a estimé lundi la juge Vanessa Baraitser à la cour de l'Old Bailey, à Londres. La juge a estimé que le fondateur de WikiLeaks présentait un risque «substantiel» de suicide en cas d'extradition. Elle a notamment cité les conditions de détention auxquelles Julian Assange devrait faire face aux Etats-Unis, et leur effet néfaste sur l'état psychologique de ce dernier, pour justifier sa décision: «les procédures décrites par les Etats-Unis ne vont pas l'empêcher de se suicider […] pour des raisons de santé mentale».

Assange reste dans l'immédiat détenu dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, à l'est de Londres, avant une audience mercredi pour examiner une demande de mise en liberté. Ce jugement a été accueilli par une explosion de joie par la trentaine de manifestants réunis devant l'Old Bailey, qui se sont mis à crier et à s'étreindre. Dans la salle d'audience, l'avocate Stella Moris, avec qui Julian Assange a eu deux enfants pendant sa réclusion à l'ambassade d'Equateur à Londres, a fondu en larmes.

La décision est susceptible de recours. Les représentants de l'accusation ont annoncé qu'ils feraient appel, dans la foulée de la décision de la juge, si bien que la bataille judiciaire va se prolonger.

Offre d'asile politique

Le même jour, le Mexique s'est proposé d'offrir l'asile politique à Assange. «Je vais demander au ministre des Affaires étrangères de prendre les dispositions nécessaires afin de solliciter auprès du gouvernement britannique la libération de M. Assange et pour que le Mexique lui offre l'asile politique», a déclaré le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador lors de sa conférence de presse quotidienne.

«Nous sommes prêts à offrir l'asile et nous félicitons la justice britannique pour sa décision», a ajouté le chef de l'Etat.

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L'Australien risque aux Etats-Unis 175 ans de prison pour avoir diffusé, à partir de 2010, plus de 700 000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, notamment en Irak et en Afghanistan.

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Arrestation en 2019, après sept ans dans une ambassade

Les Etats-Unis reprochent au fondateur de WikiLeaks d'avoir mis en danger des sources des services américains, accusation qu'il conteste. Reste à savoir quelle sera l'attitude de l'administration du futur président américain Joe Biden à l'égard du fondateur de WikiLeaks. Julian Assange se trouve sous le coup de poursuites lancées sous la présidence de Donald Trump. Sous son prédécesseur Barack Obama, qui avait Joe Biden pour vice-président, la justice américaine avait renoncé à poursuivre le fondateur de WikiLeaks.

Julian Assange a été arrêté en avril 2019 après sept ans derrière les murs de l'ambassade d'Equateur à Londres, où il s'était réfugié après avoir enfreint les conditions de sa liberté sous caution, craignant une extradition vers les Etats-Unis ou la Suède, où il a fait l'objet de poursuites pour viol qu'il conteste et qui ont depuis été abandonnées.

Les conditions de détention du fondateur de WikiLeaks ont été dénoncées par le rapporteur de l'ONU sur la torture Niels Melzer.