Au centre, quelques machines, synthétiseurs, boîtes à rythme. De part et d’autre, des piles d’amplis Marshall qui convoquent le souvenir de Motörhead. Suspendus dans les airs, d’imposants éléments qui promettent de s’allumer en temps voulu.

Gaspard Augé et Xavier de Rosnay débarquent sans un mot, blousons dans la tiédeur du soir et lunettes de soleil dans la nuit noire, saluent d’une main levée et s’installent face à face au cœur du dispositif. Ils s’apprêtent à rendre Justice à la musique électronique portée sur scène.

Depuis quelques mois, le duo français promène son Live! Woman World Tour autour du globe. Il a rodé le spectacle de Mexico à Miami en passant par Bogota avant de le rapatrier en Europe, où il fait la tournée des grands open air. Ce jeudi, Justice fera de la grande scène du Paléo Fesitval son tribunal. Ceux qui ont assisté aux précédentes audiences peuvent en témoigner: le verdict sera sauvage. Sans concession. Près de quinze ans après leurs premiers remixes à succès (le culte «We Are Your Friends» dérivé du «Never Be Alone» de Simian), les deux Parisiens ont totalement repensé leur approche du live. Ils y subliment des morceaux de leurs trois albums («Cross», «Audio Video Disco» et «Woman») dans un déchaînement d’énergie rare. Dimanche dernier, les 30 000 festivaliers de Musilac ont transformé l’esplanade du lac d’Aix-les-Bains en une sorte de mosh-pit géant.

Occuper l’espace

La première claque est visuelle. Les amplis Marshall ne servent pas qu’à revendiquer une filiation avec le rock bruyant mais se mutent en autant de supports lumineux. Les éléments suspendus s’éclairent également et se déplacent en cours de spectacle. Renforcé par de multiples projecteurs, le light show se fait total et préfère précision et efficacité à la finesse. Avec son dispositif, Justice occupe l’espace. C’était même l’intention du groupe, comme l’explique Xavier de Rosnay aux Inrocks: «L’idée était de sortir du standard des concerts électro avec deux mecs dont tu vois seulement le buste puisqu’ils sont coincés entre leur console et un écran LED géant. Nous avons joué dans des festivals américains avec des scènes qui font 100 mètres de large et tu te sens tout petit. Tu n’es plus qu’une pastille au milieu du spectacle. Les panneaux lumineux situés au-dessus de nous […] sont capables de couvrir la superficie de n’importe quelle scène.»

La deuxième claque est évidemment sonore. Justice profite de la scène pour tisser des liens entre des albums très différents, entre des morceaux antagonistes. Difficile d’imaginer les mêmes producteurs aux manettes du sombre «Water of Nazareth» et du très funky «Fire».

Prouesse technique

Et pourtant. En live, le duo ne se contente pas de lancer les morceaux et d’en rejouer certaines parties. Ils s’appuient tout au long du show sur la même banque de sons de batterie et sur la même basse, quand toute la palette varie d’un titre à l’autre sur disque. «C’est un peu le même principe qu’un groupe de rock avec un batteur et un bassiste. Ils ne peuvent pas changer de son à chaque morceau. Tous finissent par s’imbriquer», précise Gaspard Augé aux Inrocks.

La dernière claque est physique. A la sauvagerie son et lumière s’ajoute celle de la foule, qui ne réagit pas différemment que devant un concert punk-rock. Partout, des départs de pogo. Des garçons qui sautent en l’air. Des filles qui slamment sur des dizaines de mètres. En fin de concert, Xavier de Rosnay s’en vient marcher dans la fosse, porté par le public. Un hommage au rappeur américain Method Man, explique-t-il. Armé de ses références rock et de ses inspirations hip-hop plutôt que d’un glaive et d’une balance, Justice redéfinit ce qu’il est possible de faire, sur scène, pour un artiste electro. Le verdict du Paléo Festival est attendu ce jeudi.