Artistes comètes (7/8)

Jutta Hipp, la leçon de piano

La pianiste allemande, exilée à New York en 1955, aurait pu devenir une star du jazz si elle n’avait pas subitement mis fin à sa carrière

Pendant l’été, «Le Temps» raconte l’histoire d’un musicien qui a connu une carrière éphémère avant d’être redécouvert des années plus tard. Avec des destins singuliers et des albums cultes que le streaming permet enfin de (re)découvrir.

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Le destin de Jutta Hipp est édifiant. Née à Leipzig en 1925, elle découvre le jazz au moment où l’araignée nazie tisse sa toile après avoir mis fin à la République de Weimar. Pianiste dès l’âge de 9 ans, c’est lors de réunions clandestines qu’elle assouvira alors sa passion pour les notes bleues. A l’issue de la Deuxième Guerre mondiale, suite à l’occupation de Leipzig par les Russes, elle trouve refuge en Allemagne de l’Ouest. Son fils Lionel, prénommé ainsi en hommage au grand Hampton, naît en 1948 d’une liaison furtive avec un soldat afro-américain. Face à l’impossibilité pour son père de le reconnaître, elle l’abandonnera.

La carrière de Jutta Hipp débute au début des années 1950. Après avoir intégré le Hans Koller Quartet, la musicienne dirige son premier quintet. Lorsque le pianiste et journaliste Leonard Feather l’entend, il décide, fasciné par la fluidité de son swing et sa prestance, de l’emmener aux Etats-Unis, berceau du jazz dont elle n’aurait osé rêver. Elle s’installe en 1955 à New York, où elle vivra jusqu’à sa mort en 2003.

Signée par le prestigieux label Blue Note à une époque où les femmes actives sur la scène jazz sont des chanteuses (Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Nina Simone), l’Allemande publie en 1956 pas moins de trois albums: un double live ainsi que Jutta Hipp with Zoot Sims, qui la voit converser au sein d’un dynamique quintet avec le prolifique saxophoniste californien. Peu sûre d’elle, noyant sa peur de la scène dans l’alcool, Jutta Hipp décidera peu après de tourner le dos à la musique. Tout en recommençant à peindre (elle avait suivi en cursus artistique), elle trouve alors un emploi de couturière et disparaît des radars. Les responsables de Blue Note ne la retrouveront qu’en 2001 pour lui remettre un chèque de 40 000 dollars, son album avec Zoot Sims étant entre-temps devenu un jalon essentiel dans l’histoire du jazz féminin.

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