Tout l’été, «Le Temps» remonte les chemins tortueux qui ont aidé certains des plus grands artistes à trouver leur voie.

En réalité, il n’y a pas un avant et un après dans la vie de Franz Kafka. Au cours de son existence, brève (41 ans), il aura été à la fois assureur et poète. Même si, au fil du temps, son emploi auprès de l’Institut des assurances pour les accidents des travailleurs du royaume de Bohême s’efface au profit de l’écriture.

Kafka naît à Prague en 1883, il y décède en 1924. Il est l’aîné d’une famille juive, dont le père est commerçant. Père qui sera le destinataire d’une lettre célébrissime (rédigée en 1919) où le fils défait la relation tortueuse vécue avec le géniteur. La mère est issue de la bourgeoisie juive germanophone. Ses trois sœurs cadettes mourront dans les camps d’extermination nazis.

Au cours de ses études de droit, qu’il achève en 1906, il commence à écrire, en allemand, la langue minoritaire. C’est aussi pendant cette période qu’il rencontre Max Brod, auteur, journaliste, compositeur. Celui-ci va devenir son ami, son conseiller et le dépositaire de son œuvre qu’il se refusera de détruire trahissant la volonté ultime de Kafka.

Après avoir obtenu sa licence, suivie par un court passage au tribunal pénal puis civil de Prague, Franz est engagé par les Assicurazioni Generali, une compagnie italienne. Il démissionnera rapi- dement, car le poste l’empêche de se consacrer pleinement à son destin de romancier. L’année suivante, Kafka entre au service des Assurances contre les accidents où il restera jusqu’en 1922, deux ans avant sa mort. Au sein de la société, il gravit graduellement les échelons. Au bout de sa carrière, il pourra se prévaloir du titre de «secrétaire supérieur».

Ses premiers essais datent donc de la période universitaire. Ils seront publiés par la revue Hyperion. En 1910, Kafka inaugure son journal. Il s’étoffera tout au long des années et se métamorphosera en laboratoire cruel de la conscience. A la même période il découvre le théâtre de langue yiddish et fréquente des cercles d’intellectuels où se discutent relativité, théories quantiques et psychanalyse.

L’œuvre du Praguois se densifie à partir de 1912. C’est une année charnière marquée par la rédaction de Métamorphose , déchéance d’un homme changé en blatte. Pendant les douze années suivantes, Kafka livrera par fragments, inachevés, des monuments de la littérature mondiale. En même temps, la maladie s’empare de son corps et de son esprit. Sans parler des relations tourmentées avec les femmes. Il laboure sans fin trois romans: Amérique , Le Procès et Le Château . Les trois publiés par Max Brod après la mort de Kafka.