Cinéma

Karen Dalton, autopsie d’une voix qui s’échappe encore

La vidéaste Emmanuelle Antille réalise son premier documentaire, «A Bright Light», qui traque la mémoire perdue de la chanteuse de blues. Après chaque projection, lors de la tournée des avant-premières, des musiciennes romandes raviveront cette flamme

La voix de Karen Dalton: un chat dont on ne sait s’il miaule de joie ou de rage, la peau du lait, la peur et son antidote. Elle n’est ni Noire ni Blanche, elle a la peau rouge. On la voit chanter dans une seule image, un très gros plan qui laisse apparaître les incisives manquantes et le mystère intact. Karen est, pour la plupart d’entre nous, une inconnue. Une folkeuse de Greenwich Village dont Bob Dylan a dit qu’elle était sa «chanteuse favorite». Quelques morceaux qui ressurgissent par intermittence, à la faveur des rééditions. Un jour, Emmanuelle Antille, vidéaste, Vaudoise, hantée par les rêves et les portes de sortie, tombe sur cette voix par hasard. Et décide de la traquer.

C’est son premier film documentaire. Alors, la substance de A Bright Light, Antille va la chercher autant dans la fiction, l’art contemporain, tout ce qui finit par donner du corps à un fantôme. Elle joue au portrait conventionnel – son commentaire pastiche parfois les récits linéaires des biographies («en 1969, à 32 ans, Karen enregistre son premier album»), mais la plupart du temps, elle choisit plutôt la voie du vaudou, de l’invocation, pour faire ressurgir cette silhouette.