«Je me réjouis de faire votre connaissance… Je sais que ce n’est pas évident de s’ouvrir à une parfaite inconnue.» Elle s’ouvre un Coca light. «Je suis épuisée, pas vous? Donnez-moi quelques heures et je vous fais un feed-back.» Rendez-vous demain matin pour d’autres questions – on y répond par choix multiples – du type «Lorsque vous êtes triste, feignez-vous d’être heureux?» ou «Etes-vous inquiet à propos de la confidentialité de nos consultations?».

Karen est un coach fictif, à l’intérieur d’une œuvre d’art en forme d’app produite par le collectif britannique Blast Theory. A la fois récit vidéo et expérience interactive, «Karen» se joue sur une période de plusieurs jours, à intervalles réguliers, pour mieux questionner en profondeur notre rapport aux outils numériques. Car Karen, au fil du temps, se met à développer des comportements de plus en plus inappropriés. Elle frise la dépendance affective et rend peu à peu compte des éléments qu’elle apprend sur l’utilisateur – y compris des détails et des observations suffisamment aiguisés pour que l’on commence à en questionner l’origine…

Ni vraiment un film ni vraiment un jeu, «Karen» est un véritable dialogue homme-machine, au point que l’on en vient à se demander qui dans l’histoire est spectateur de qui. A la fin, l’app offre un rapport de comportement qui met en perspective comment les datas récoltées ont affecté la «psychologie» de Karen. Fascinant.

«Karen» by Blast Theory, pour iPhone. Gratuit