Les élégies murales de Karim Noureldin

Installation L’artiste zurichois investit le Centre d’art contemporain d’Yverdon

Désormais et jusqu’en été, on pénètre dans le CACY, centre d’art contemporain aménagé dans une ancienne halle aux grains au cœur d’Yverdon-les-Bains, comme dans une église. Comme dans une église en effet, l’essentiel n’est pas l’ameublement, ou des pièces installées au sol, aux parois, mais les couleurs qui, claires et lumineuses, métamorphosent le lieu. Karim Noureldin a imaginé 90 projets, avant d’arrêter son choix sur les peintures murales visibles aujourd’hui. Trois grands dessins, encadrés, avec le flottement nécessaire à la vie du support de papier, témoignent de la prééminence du dessin dans son travail. Et notamment dans ce travail pictural, intervention délicate dans ce lieu chargé d’histoire.

Couleur minérale

L’artiste zurichois, aujourd’hui domicilié à Lausanne, se réfère à la démarche de Sol LeWitt, aussi méditée, et ouverte à la couleur, aussi exemplaire dans le sens de la rigueur et d’une beauté véritable. Mais les bandes de Daniel Buren pourraient aussi bien interagir avec cette pièce magnifique, et éphémère, posée le temps d’un printemps à Yverdon-les-Bains. Œuvre éphémère, oui et non: la couleur minérale appliquée, respiration des murs oblige, dans ce bâtiment protégé, sera certes recouverte à nouveau de chaux au terme de l’exposition; toutefois, elle subsistera, ni effacée, ni grattée, sous la couche blanche, elle subsistera… à jamais. Palimpseste de l’art, qui se renouvelle sans cesser d’être, qui se présente comme un millefeuille merveilleux.

Le dessin, donc, intervient aussi bien que la peinture: «Même si vous voyez de la peinture sur les murs aujourd’hui, explique l’artiste à Karine Tissot, maîtresse des lieux, il faut savoir que toutes les formes ont été dessinées à la main, au crayon, au trait.» Soit un jeu de bandes horizontales, sur certaines parois, verticales sur d’autres, dans les tons rouges et bleus, sans oublier le blanc. Le plafond aussi est recouvert, seules les nervures, en pierre jaune de Hauterive, restent à nu, et découpent délicatement la peinture en manières de parts de gâteau. Une petite salle voûtée rompt avec ce schéma des bandes rouges et bleues: y chatoient les tonalités de l’arc-en-ciel, y dansent les formes les plus inégales.

Inquiet quant à la façon dont le lieu a été investi, changé, le public devrait se montrer séduit face à ces éclats chromatiques, ces facettes qui font chanter l’espace. Des facettes, on l’a vu, jamais infidèles à la ligne, laquelle, avec élégance, tantôt épouse la ligne architecturale, tantôt s’y oppose, en tout cas joue avec elle. Quant au titre de l’exposition, Keliuaisikiqs , il est pure invention, manière de renouveler l’usage des lettres, de susciter des sonorités inédites.

Karim Noureldin: Keliuaisikiqs. Centre d’art contemporain (place Pestalozzi, Yverdon-les-Bains, tél. 024 423 63 80). Me-di 12-18h. Jusqu’au 5 juillet.