A l'heure où les moyens de communication se multiplient et se diversifient rapidement, il est inévitable que les beaux-arts en rendent compte. A leur manière: par la traverse et avec une certaine ironie. En imaginant nos environnements comme des systèmes généralisés de réseaux, tel que le fait Karim Noureldin. Ou en remettant la personne au centre des intérêts, comme le propose Vibeke Tandberg. De la même génération – nés en 1967 –, tous deux bénéficient d'une exposition conjointe au Kunstmuseum de Thoune, jusqu'au 27 août. Et tous deux, en témoins de leur temps, utilisent des moyens rafraîchissants et pleins d'humour pour pasticher les tares de leur époque.

Travestissements satiriques

Que ce soit la compétitivité à tous crins, dénoncée par Vibeke Tandberg dans un amusant film qui la montre boxant contre elle-même. Ou l'idéalisation de la beauté, qu'elle brocarde dans toute une série de photographies, où on la voit affublée d'un postiche de blonde aux mèches complètement rebelles. Voire les efforts de la société à s'organiser et à se structurer, rendus ridicules par les petites maquettes de Karim Noureldin. Les alignements de blocs de banlieue et de centre commerciaux, les complexes aéroportuaires avec leurs pistes et accès routiers, apparaissent d'une dimension d'autant plus prétentieuse que l'artiste zurichois, établi à New York, nous sert ces exemples d'ingéniosité humaine en réduction et dans une finition qui, de toute évidence, n'est pas issue d'un bureau d'architecture.

«Taxi Driver» revisité

Mais transformer les défauts en moments poétiques reste l'apanage des artistes. Ce dont font preuve avec jubilation aussi bien Karim Noureldin que Vibeke Tandberg. Surtout lorsque cette dernière, qui vit et travaille actuellement entre Londres et Oslo, sa ville natale, se photographie en train de sauter sur un lit comme une gosse alors qu'elle est habillée en jeune femme sage. L'art ouvre les portes du rêve, c'est connu. Ce qui fait que le visiteur peut également la voir, dans une vidéo, se prendre pour Robert De Niro dans Taxi Driver. Une belle séquence où l'artiste substitue à la morosité du métier de taxi ses propres fantasmes et ses nostalgies. Tandis qu'inspiré par les plans, Noureldin se met à dessiner de pseudo-schémas qui prennent l'allure de constellations stellaires et de voûte céleste quand il en tapisse toute une salle. Convaincante démonstration, une fois de plus, que les artistes ont le talent d'extraire le plus merveilleux du plus terre à terre.

Karim Noureldin. Vibeke Tandberg. Kunstmuseum Thun (Hofstettenstrasse 14, Thoune, tél. 033/225 84 20). Ma-di 10-17 h (me 21 h). Jusqu'au 27 août.