A l'acte deux de la chanson française que joue ce soir Paléo, l'ex-Téléphone Jean-Louis Aubert, la paire d'as Vincent Delerm et Bénabar, le séducteur Marc Lavoine (accompagné de Cristina Marocco pour un ou deux duos) et la vénéneuse Karin Clercq succèdent à la génération Voulzy et Bruel de mercredi. Si les quatre premiers ne sont plus à présenter, la dernière, presque inconnue sous nos cieux, mérite toutes les attentions. Car la Belge Karin Clercq ne foule que pour la deuxième fois le territoire romand, après une première incursion sur scène à Genève.

Evolution sous X

La jeune femme et maman a dévoilé l'an dernier un art sublime de se glisser dans la peau de ses personnages. Dans ses rôles de fiction-affliction réunis sous le titre de Femme X, Karin Clercq éclaire des visages tapis dans l'ombre: fille de joie de l'Est pleine d'illusions, épouse infidèle, célibataire en mal de chair, amantes passionnées, grand-maman à l'orée du dernier souffle. Tour à tour froides, voluptueuses, jalouses, désabusées, au bord de la crise de nerfs ou fragiles, les héroïnes qu'elle incarne intensément dans son premier chapitre discographique pansent toutes à voix haute leurs écorchures, évoquent sans fard leurs cicatrices intimes, leurs regrets.

Au fil des portraits que la comédienne bruxelloise reconvertie dans la chanson esquisse d'une voix fébrile, c'est une mosaïque de femmes aussi attachantes que troublantes que l'auditeur fréquente. En compagnie de Karin Clercq, impossible de ressortir indemne de cette déclinaison d'immersions. D'autant que pour maquiller ces lignes de vie brisées, elle s'est attaché les sévices sonores de Guillaume Jouan. Le musicien rennais n'a lui pas tout à fait évolué sous X avant de rencontrer Karin Clercq et de succomber à son talent. Complice des trois premières bandes-son du Breton Miossec, il a composé des atmosphères délétères.

Des musiques dont les traits de caractère collent aux ressentiments des femmes, oscillant ainsi entre névroses électroniques et mauvaises humeurs électriques ou acoustiques. Pour devenir aussi théâtrales et dramatiques que la chanteuse qui a abordé son disque comme une actrice. L'alchimie est ici tout en explosions contenues. Et quand guitares, basses et batteries se retrouvent sous l'emprise d'une Karin Clercq «possessive, excessive, impulsive, agressive, hystérique, romantique», comme sur le titre «Ne pas», l'envie de n'avoir jamais eu à se frotter à la Femme X ou qu'elle demeure à jamais inconnue envahit l'esprit tout entier.

Venue à l'écriture de chansons par le truchement d'un hasard cinématographique, Karin Clercq est sans doute aujourd'hui avec Jéronimo, autre Belge en version moins mélodramatique mais plus électrique, l'un des plus sérieux atouts de la chanson rock actuelle issue du Plat Pays.

Club Tent, ce soir, 19h.