Genre: Philosophie
Qui ? Karl Popper
Titre: A la recherche d’un monde meilleur
Trad. de l’allemand par Jean-Luc Evrard
Chez qui ? Les Belles Lettres, 314 p.

Destinées au grand public, les seize conférences rassemblées ici exposent avec une remarquable clarté tous les grands thèmes qui n’ont cessé de mobiliser le philosophe autrichien Karl Popper (1902-1994).

Ses deux passions étaient la théorie de la science et la philosophie politique. Pour lui, la science et la politique se tenaient en quelque sorte par la main de la connaissance: au fondement des sciences, il y a des principes éthiques qu’un système politique ne doit en aucun cas étouffer. La recherche de la vérité suppose en effet la disposition (éthique) à discuter rationnellement; et la discussion suppose un régime politique de liberté et de tolérance. Tel est le credo du rationalisme critique, la doctrine dont Popper est le père: le savoir progresse toujours par correction, ou modification de ce qui existe déjà. Il n’y a jamais de table rase, ou de point zéro de la connaissance; pas de certitude absolue d’où on pourrait reconstruire tout le savoir, comme le voulait Descartes par exemple. D’où sa très célèbre thèse dite du faillibilisme: une théorie ne peut jamais être prouvée définitivement: elle ne peut que résister provisoirement aux tentatives de réfutation, de falsification. Lorsqu’une théorie résiste à la critique, nous l’admettons provisoirement, jusqu’à nouvel ordre. En tous les cas, aucun savoir (ni l’observation, ni la raison) ne peut faire absolument autorité; il doit toujours faire droit à sa critique possible. C’est là un principe que Popper déclinera aussi en politique, où il défendait un libéralisme rigoureux.

Rôle de l’imagination

Popper ne sous-estimait pas pour autant le rôle de l’imagination en science, pour peu qu’elle fût contrôlée par une critique guidée par l’idée régulatrice de vérité. Autre est pour lui l’imagination artistique, qui elle aussi pourtant «nous découvre les choses sous un jour nouveau»: tout, chez Popper, est placé sous le signe de l’ouverture – l’art, la politique, la science.

On trouvera dans ce livre riche et limpide le développement argumenté de ces thèses fondamentales, qui continuent d’imprégner la théorie des sciences aujourd’hui encore. Si le lecteur éclairé ne devait avoir qu’un seul livre de Popper, ce serait bien celui-ci.