L'exigence finit toujours par payer. Considéré comme un des meilleurs groupes de rock de l'Hexagone depuis sa formation en 1987, Kat Onoma n'a jusqu'ici guère profité de cette flatteuse réputation. Cinq albums sobres, élégants, érudits mais accessibles n'auront en effet pas suffi à faire connaître le groupe alsacien hors d'un mince cercle d'initiés. Injustice crasse que devrait réparer Kat Onoma, dernière livraison du groupe dont les ventes prometteuses semblent annoncer l'heure tant attendue d'une plus large reconnaissance. Discret et peu enclin aux campagnes de promotion, le quintette conduit par Rodolphe Burger n'a pourtant rien fait pour inverser la tendance des ventes. Ni sur la forme ni sur le fond. Malgré quatre ans de silence et de nombreuses expériences solo, Kat Onoma donne davantage dans la continuité que dans la refondation. Quelque part entre Ornette Coleman et le Velvet Underground, on retrouve les fins jeux d'équilibriste, l'alternance millimétrée de teintes mordorées et de ruptures soudaines, qui dominaient déjà les opus précédents. L'intervention lumineuse d'un quatuor à cordes et un usage extrêmement clairvoyant des outils électroniques empêchent toutefois ces treize nouvelles plages de pencher vers la redite ou l'enlisement. Rencontre avec un chef d'escadrille aussi à l'aise en voltigeur (lire ci-contre) qu'en formation serrée.

Le Temps: En tant que groupe, Kat Onoma n'avait plus fait parler de lui depuis le live de 1997. Par dépit?

Rodolphe Burger: Non. «Happy Birthday Public» était une manière de remettre à plat notre répertoire, une façon de boucler la boucle. Et après, quoi faire? Nous avons décidé de nous accorder une pause, pour que chacun puisse se consacrer à des projets en solo. Mais la pause à été plus longue que prévu. Progressivement, les travaux parallèles sont devenus plus exigeants en termes d'engagement. Kat Onoma est passé au second plan parce que nous avons choisi de nous donner le temps de réaliser les projets qui nous tenaient à cœur. Mais nous n'avons jamais perdu contact et, à un moment, nous avons senti qu'il fallait nous remettre au travail.

– Dans quelle mesure ces expériences ont-elles été profitables à «Kat Onoma», l'album?

– Cela nous a sans doute permis de mieux définir les limites de ce qu'on peut faire ensemble, les questions de place et d'identité à l'intérieur du groupe. Pendant très longtemps, Kat Onoma a cristallisé toutes nos envies. Tout finissait par se confondre. A partir du moment où nous avons commencé à dissocier, les choses se sont clarifiées. Pendant la réalisation de l'album, je me suis senti beaucoup plus libre, plus détendu. Sans doute parce qu'aujourd'hui, il y a des acquis réels et que chacun sait vraiment où il va.

– Le son et la trame mélodique de l'album donnent une impression de clarté, d'évidence. Est-ce spontané ou travaillé?

– Il y a toujours eu un goût prononcé pour l'épure chez Kat Onoma. Mais, contrairement à ce qui s'est passé pour les albums précédents, celui-ci a été réalisé avec très peu d'éléments. Nous nous sommes enfermés dans notre ferme-studio de la Petite-Lièpvre, qui est un endroit très familier. Il y avait très peu de pression et, du coup, quasiment toutes les guitares ont été réalisées en première prise. Quelques cuivres ont été captés en fin de soirée, sans qu'on sache vraiment que le magnéto tournait. Cette rapidité est bien sûr le fruit d'une pratique du sample et du studio en dehors du groupe, mais c'est aussi le résultat de l'évolution technologique. Aujourd'hui on peut aller beaucoup plus loin avec une première prise et il est devenu stupide d'opposer «live» et machines. En réalité les logiciels et tous les outils informatiques dont on dispose permettent de mieux saisir l'instant, de capter le son de façon beaucoup plus immédiate, tout en évitant des corvées, comme les rythmiques, qui autrefois étaient terrifiantes.

– En termes de ventes, les premiers résultats de «Kat Onoma» sont plutôt encourageants, qu'est-ce qui a changé depuis 1997?

– En France, il est très difficile d'exister en tant que groupe, surtout avec un type de projet comme le nôtre. Mis à part la presse spécialisée, les médias s'intéressent très peu aux groupes qui leur semblent un peu opaques. Contrairement à ce qui se passe en Angleterre, en France on préfère les individus, souvent plus faciles à repérer, à étiqueter. Mais, suite aux différents projets solo des membres de Kat Onoma, le groupe est devenu plus lisible. Et puis nous profitons aujourd'hui d'une certaine notoriété auprès d'un public de jeunes gens plutôt branchés. Tous ces facteurs ont sans doute contribué à augmenter la curiosité vis-à-vis du nouvel album.

Kat Onoma: Kat Onoma (EMI).