pop

Kate Bush, 50 mots pour garder le mythe

L’année 2011 aura été aussi marquée par le retour de la mystérieuse chanteuse anglaise. Son carnet hivernal est une ode introspective et un récit émerveillé dont on ne se lasse pas

Genre: pop
Qui ? Kate Bush
Titre: 50 Words for Snow
Chez qui ? (EMI)

C ela doit être un réflexe face au temps qui s’écoule. Passé le demi-siècle, Kate Bush a fait comme tant d’autres à son âge. Elle s’est tournée vers le passé puis elle s’est réapproprié quelques faits et gestes lointains pour leur donner une teneur plus en phase avec les esthétiques en cours aujourd’hui. En 2011, on a ainsi redécouvert la chanteuse anglaise dans le rôle inédit de révisionniste, sur un album qui ne marquera sans doute pas les annales. Ce fut Director’s Cut , un voyage plutôt raté dans les contrées de deux œuvres ( The Sensual World et The Red Shoes ) qui n’avaient pas, déjà à l’époque de leurs parutions (1989 et 1993), convaincu les foules.

Les morsures des anachronismes ont trouvé là de quoi laisser des traces durables. Mais par bonheur, Kate Bush a d’autres réflexes aussi, qu’on ne saurait non plus dissocier de l’âge de la maturité. Le plus frappant étant celui de la contemplation, du ralentissement ­volontaire des pulsations, du renoncement aux bruissements inutiles. De tout cela, il est grandement question dans 50 Words for Snow, deuxième album paru durant l’année qui vient de s’écouler.

Cette dixième étape discographique a ceci de confondant qu’elle affine et pousse à l’épure la démarche recueillie aperçue par petites touches dans le convaincant Aerial (2005). On y rencontre une chanteuse qui a décidé de s’éloigner, peut-être définitivement, des lignes de ce passé qui lui a valu une poignée de tubes retentissants («Babooshka», «Running Up That Hill», «Don’t Give up»…) et un statut de figure tutélaire pour un nombre incalculable d’artistes qui s’en inspirent parfois outrageusement, de Goldfrapp à Joanna Newsom, de Marina & The Diamonds à Bat For Lashes.

Depuis sa retraite rurale du Kent, Kate Bush regarde ailleurs. Et elle livre aujourd’hui des visions saisissantes du paysage qui fait son quotidien. 50 Words for Snow dévoile ainsi les tranches d’une ­introspection dont le mérite principal est celui de ne jamais tomber dans les lourdeurs de l’exercice. On y trouve des allures de carnet de bord, hivernal mais chaleureux. Les récits des grandes rigueurs se déploient lentement, dilatés et suspendus: les sept morceaux qui composent ce monde ralenti par les flocons et les températures rigides frôlent tous les dix minutes. Ils sont tous portés par une instrumentation réduite; parfois, seuls le piano et une percussion à peine audible suffisent pour définir des scénarios aux facettes étonnantes («Snowflake», «Among Angels»). On retrouve ici et ailleurs une voix ronde et boisée, qui ne fait plus d’acrobaties et stationne désormais sur des octaves atteignables par le commun des mortels.

Des réserves? On les trouvera dans la production satinée, qui s’ouvre trop facilement aux tentations des réverbérations. Ou ­encore dans cette collaboration somme toute dispensable avec ­Elton John, dans le seul morceau aux tons boursouflés, «Snowed in at Wheeler Street».

Ce qui demeurera? Une Kate Bush qui enchaîne sa deuxième vie artistique armée d’une sagesse et d’une distance élégante face au monde qui l’a portée autrefois aux nues.

Bio

30 juillet 1958 Naissance à Bexleyheath (Royaume-Uni)

1978 Sort son premier single, Wuthering Heights, inspiré par le roman d’Emily Brontë. Le succès est immédiat

1982 ParaîtThe Dreaming, le meilleur album de la première vie de la chanteuse

2005 Après douze ans de silence, un retour ambitieux et réussi, avec un double album d’inspiration panthéiste: Aerial

2011 Sort Director’s Cut, une relecture inaboutie de deux albums anciens: The Sensual World et The Red Shoes

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