Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

cinéma

Kate Winslet, si loin, si proche

L’actrice est à l’affiche de «The Reader», le film qui lui a valu l’Oscar. En moins de deux décennies, elle est devenue l’une des icônes de sa génération. Rencontre avec une star qui cultive un secret: rester une femme comme les autres

Kate Winslet ne goûte guère à la promotion. Elle n’a pas du tout apprécié ce qui s’est passé en 1998, lorsque le raz-de-marée Titanic s’est mis à déferler. Traquée, photographiée, commentée, interrogée sur la pluie et le beau temps, elle n’était pas préparée. Et, surtout, elle ne voulait pas d’une célébrité dont tant se contentent et qui les consume en quelques couvertures de magazines. «Je ne voulais pas me mettre à courir sans savoir marcher.» Elle n’avait que 22 ans et, déjà, une sagesse innée, héritée d’une enfance qui vaccine des étoiles filantes: son père, sa mère, ses grands-parents maternels, l’un de ses oncles et ses deux sœurs étaient tous comédiens, directeurs ou employés de théâtre, dans la tradition anglaise, loin de Hollywood. «Quand j’étais gamine, je n’osais même pas songer au cinéma: les films, c’était réservé à Judy Garland. Je pensais que j’allais faire du théâtre, galérer, et avoir un vrai boulot à côté.»

Elle a toujours su la fragilité de la condition d’acteur. Accrochée à 5 ans à un petit Jésus en plastique pour jouer Marie dans la crèche de son école. Déterminée, à 17 ans, à perdre 30 kilos parce que Peter Jackson, dont elle vient le lire le script de Créatures célestes dans le bus en rentrant de l’école, n’acceptera jamais d’engager une adolescente de 80 kilos. Ou assez butée, après Titanic, pour refuser Shakespeare in Love (au profit de Gwyneth Paltrow) ou Le Roi et moi (au profit de Jodie Foster): elle préfère alors prendre sa respiration, signer pour le plus petit film qui lui soit proposé (Marrakech Express), épouse l’assistant-réalisateur, son premier mari Jim Threapleton, et devient maman. Prendre son temps, choisir, jamais sur un coup de tête.

Onze ans après Titanic, nous avons le privilège devenu rare, avec une vingtaine d’autres critiques internationaux, de rencontrer Kate Winslet pour un entretien inhabituellement long (45 minutes). Nous sommes à Berlin en février dernier, et le festival présente The Reader. Elle ne sait pas encore que ce film va lui permettre de remporter l’Oscar quelques jours plus tard, après quatre nominations infructueuses – elle est la plus jeune actrice de l’histoire du cinéma à cumuler autant de citations. Elle ne le sait pas mais, au sommet de son art depuis le début de l’année grâce aux Noces rebelles de son mari Sam Mendes, elle survole tous les débats et elle le sent. C’est SON année, malheureusement pour une Nicole Kidman, par exemple, qui n’a pas eu le nez très fin en préférant signer le contrat d’Australia plutôt que celui de The Reader.

Privilégiés, la vingtaine de journalistes présents face à elle ne sont pas près d’oublier ces 45 minutes. Grâce, d’abord, à sa façon sans façons. Comme si se trouver là était la chose la plus naturelle du monde. Elle n’a que le mot «chance» à la bouche pour expliquer ce qui lui arrive en toute modestie. Elle mitraille des propos mûrement réfléchis sur son métier. Et glisse une confession, très copine, par-ci par-là. Privilégiés? On ne le sent jamais.

The Reader montre une relation entre un adolescent et une femme mûre? «Ils s’aiment, voilà tout. Entre 15 et 20 ans, j’ai moi-même vécu une histoire d’amour avec un homme qui avait trente ans de plus que moi. Or, je me souviens à quel point j’étais nerveuse d’en parler à mes parents. Le jour où j’ai enfin avoué, ma maman m’a dit: «Oh, tu sais, tes grands-parents avaient dix-neuf ans d’écart…»

Se montrer nue et sans maquillage (Nicole Kidman l’aurait-elle accepté)? «Je ne me suis jamais sentie vaniteuse. Je crois que la vanité est le meilleur moyen pour passer à côté d’une interprétation. Sincèrement, je préfère plutôt avoir l’air fatiguée ou vieille que dotée d’une éternelle jeunesse. D’abord parce que ça m’impose beaucoup moins de pression. Ensuite parce que ça me permet de disparaître dans le personnage.»

Etre maman, de Joe et Mia, avec les contraintes de son métier? «Je suis comme n’importe quelle mère qui travaille. Notre secret, c’est d’être des bêtes d’organisation.»

On n’apprend pas à faire la grimace à Kate Winslet. Ses admirateurs, surtout les femmes qui l’adorent aussi pour ça, n’ont jamais oublié comment elle envoyait dans les décors ceux qui osaient évoquer son poids: «Moi j’aime bien avoir une grosse paire de nénés et un cul bien en chair.» S on cinéaste, James Cameron, lui avait donné la plus belle des excuses: «Tout le monde sait qu’il y a des stars qui n’ont qu’un talent médiocre mais compensent par leur personnalité ou leur charisme. Kate a les trois et c’est rare.»

2009 est certainement son année parce qu’elle a une éthique et qu’elle a patiemment tenu sa ligne. Elle détonne dans le paysage. Vive et généreuse, rare spécimen naturel à survivre dans une forêt botoxée et anorexique cultivée à la téléréalité et aux pages people qu’elle fuit.

Cette attitude a déplu à une partie de la presse britannique qui a qualifié de «désastre» sa manière tout en larmes de recevoir, en début d’année, deux Golden Globes. On lui rappelle ces critiques. Elle explose: «Vous savez quoi? Fuck them all! Je me casse le cul au travail depuis le jour de mes 17 ans et ce travail, croyez-moi, n’est pas facile. Aujourd’hui, je rafle tout. Tant mieux, bon Dieu! J’aurais été inhumaine de ne pas être bouleversée. J’ai 33 ans. Je suis heureuse au travail et en amour. J’ai des enfants et un mari fantastiques. Vous ne seriez pas ému et fier, vous?»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Comment faire peur au cinéma?

Du «Voyage sur la Lune» à «La nonne» en passant par le «Projet blair witch»: comment le film d'épouvante est-il né et comment ses codes ont-ils évolué au fil du temps? Décryptage en images

Comment faire peur au cinéma?

n/a