La première soirée d’abonnement de l’OSR se devait d’être éclatante. Après les deux ciné-concerts surbondés et surchauffés du Seigneur des anneaux la semaine passée, qui ont posé des pierres blanches dans la saison de l’orchestre, l’ouverture des séries Répertoire et Grands classiques a parfaitement répondu à sa mission. Sans faute pour Kazuki Yamada, de retour devant l’orchestre dans un programme russe qu’il a mené sur les crêtes de l’intensité et de l’affabilité. Double sans faute pour Frank Peter Zimmermann, qui a offert un deuxième Concerto pour violon de Chostakovitch exemplaire.

Dans la seconde Valse de concert op.51, Glazounov déroule une sensualité musicale qui s’abreuve aux sources de Strauss pour l’ivresse du mouvement, Tchaïkovski pour l’exaltation mélodique, ou Rimski-Korsakov pour la délicatesse d’orchestration. Le chef japonais n’évolue ni dans l’excès ni dans le relâchement. Mais sa maîtrise des élans porte l’orchestre à de belles hauteurs de précision et d’unité, pour une entrée en matière crémeuse, drue et savoureuse. Avec le violoniste allemand, c’est une autre affaire qui se joue. Celle de l’homme face à lui-même et à l’Histoire. Celle d’un être engagé et profondément intègre. Son violon le chante, son corps le raconte. Malgré les difficultés redoutables d’une partition tendue comme un arc, le musicien porte l’ouvrage d’un archet sûr. Il en soulève les révoltes, les abattements et les espoirs avec une conviction inaltérable. Quelle désolation dès les premières notes brunies! Quel stimulant échange avec les solos des différents pupitres (magnifiques clarinette, flûte, cor…). Quelle claque technique dans la cadence finale. Et quelle incroyable variété de couleurs dans la palette sonore.

Aucune ostentation virtuose dans ce jeu remarquable, que l’allegro de la Sonate BWW 1003 de Bach adoucit dans un flux rafraîchissant. Quant à la Cinquième symphonie de Tchaïkovski, Yamada Kazuki en évite judicieusement les écueils. Entre le sentimentalisme et les déferlements sonores spectaculaires, il ouvre la voie de l’éclat, de la netteté et de la transparence avec une douceur étonnante.