Difficile de coller une étiquette sous ses semelles de vent qui arpentent le monde depuis plus de six décennies: poète, écrivain-voyageur, essayiste, intellectuel nomade, bourlingueur érudit, philosophe de la nature, vagabond transcendantal, géographe-conteur, cosmographe? Difficile aussi d’en coller une sur son passeport pour ne pas perdre le nord: Ecossais d’origine, Français d’adoption, Européen d’esprit, universel d’inspiration, c’est ainsi que Kenneth White décline son identité. Cet homme de corps qui a le goût du monde et du nomadisme, cet homme d’esprit qui s’est inventé une poétique de la terre et de la mer, se définit le plus volontiers comme un poète-penseur, plus réaliste qu’idéaliste.

Sous ses pieds, ses mains et sa plume, tantôt en anglais, tantôt en français (ou traduit par sa femme Marie-Claude White): 30 recueils de poésie, 25 essais et une quinzaine de récits. Inlassablement, il écrit et, à 83 ans, il publie Mémorial de la terre océane, son «opus poeticum ultimum», aux allures de recueil testamentaire, où la mémoire semble jouer un rôle plus marqué que dans ses autres livres. Sa boussole poétique reste, elle, la même, comme il le souligne, consistant «à suivre les rythmes de la Terre, les lignes, parfois continues, parfois brisées, du monde» et pour qui «la grande inspiration/commence avec une lente et profonde respiration/dans l’air du large».