«Je ne suis qu'une chanson», magnifique chanson-titre du septième album de Kent, raconte une histoire qui a connu «des ratés, des ratures». Mais n'allez pas y voir une métaphore de la trajectoire de cet auteur-compositeur et interprète aussi prolifique que touchant. Qui a thésaurisé en près de 25 ans un capital de 260 textes enregistrés. «Sans compter ceux écrits qui n'ont jamais vu le jour. Des albums entiers sont passés à la trappe faute de maison de disques», ajoute-t-il sans frime. Avant de confesser n'avoir jamais rien jeté, mais tout archivé «dans un dossier spécial. Car il n'y a pas de mauvaises idées mais de mauvais moments.»

Sensibilité et sincérité

A la veille de deux dernières dates d'une mini-tournée acoustique officieuse avec l'étonnant accordéoniste Arnaud Méthivier, Kent dégage la même sensibilité et sincérité qui transparaît de son répertoire haut en couleur. Qu'il écrive pour lui ou prenne sa plume pour Enzo Enzo – alter ego féminin à qui il a offert «Juste quelqu'un de bien» –, Zazie ou Johnny, Kent ne triche ni avec les mots ni avec ses pairs.

Entier – «l'inspiration n'a pas de pudeur», lâche-t-il –, insatiable curieux, bourlingueur dans l'âme, Kent a plusieurs vies derrière lui et pas de temps à perdre avec les regrets. Romancier noir, dessinateur, acteur parfois, il est prêt à relever les défis quand l'opportunité vient à lui. «Pour avoir quelque chose à raconter, il faut avoir quelque chose à vivre. Je ne sais pas comment font les collègues qui ne sont que chanteurs, vivent dans leur tour d'ivoire et ne fréquentent que le milieu du show-business. Ou alors ce sont de grands menteurs». Pourtant, l'homme en quête perpétuelle d'inconnu, «et pas seulement avec une valise», a bien failli se retrouver dans une impasse.

En fin de contrat avec sa maison de disques, face à plusieurs bouleversements professionnels et son cortège de questions existentielles, il est victime d'une panne d'inspiration. Alors que Kent rêvait d'être producteur indépendant, trop de certitudes empêchent l'encre de couler. «J'avais toutes les pièces en main pour une nouvelle vie, mais les chansons manquaient.» Une escapade sur l'île de la Réunion le sauve du naufrage. «Sans réellement chercher, tout s'est débloqué dans cet environnement apaisant, loin de toute pression carriériste.» La fluidité du disque a immortalisé ce retour en grâce.

Kent, en concert ce soir au Festival Aventic 02, Avenches, à 22h

Rens.: http://www.aventic02.ch

Egalement sa 30 au Chat Noir, Carouge (GE) à 22h. Loc. 022/343 49 98.