C'est un maître de l'intensité: Kevin Drumm, figure légendaire s'il en est de la scène noise US, a créé en bientôt 20 années d'activité un corpus reposant sur l'utilisation du bruit et sa transfiguration. En quoi? En vagues, en tenailles, en contacts, en puissances d'évocation et d'invocation, et le tout avec une très large palette de moyens d'action: on l'a connu dans des moments de violence frontale (son «Sheer Hellish Miasma» de 2002, publié chez Mego, était un réjouissant exercice de «schock and awe»).

Mais il peut également - sa discographie plus récente en témoigne - creuser des domaines moins directs, et par conséquent davantage insidieux, jouant sur une forme de sadisme des ondes à la fois onirique enveloppant. L'écoute de son très récent, et auto-produit, «Artificial Organ» (disponible sur Bandcamp) le confirme: avec un lexique limité à quelques boucles de feedback, Drumm y crée des mondes parallèles d'une richesse paradoxale et engageante. Son art naît à l'angle mort de la musique, et sa force est abyssale.

Cave 12. Rue de la prairie 4, Genève. Ma 20 septembre à 21h. Rens. cave12.org