Aceux qui le disaient moribond, Khaled répond par Ya-Rahi (Mon opinion). Un nouvel album studio qui l'éloigne de ce raï-pop passe-partout dans lequel il avait fini par noyer son âme ces dernières années. La voix fine et profonde un brin rocaille brille à nouveau de mille étincelles et les musiques se sont ressourcées auprès des artisans du son oranais et du chaâbi marocain. Après quatre ans d'absence où Khaled dit «avoir profité de sa petite famille et de sa troisième fille» et s'être «installé au Luxembourg pour payer moins d'impôts», l'interprète de «Didi» et «Aïcha» renoue avec un raï aux couleurs sépia.

L'Algérien né dans un faubourg d'Oran s'est souvenu du son des années 50, décennie d'avant sa naissance, en invitant notamment le pianiste juif Maurice El Médioni et la voix de Blaoui Houari, légende populaire maghrébine. El Médioni ouvre d'ailleurs l'album en lui donnant une tonalité très pacifiée, cadence qui rythmera l'ensemble de ce Ya-Rahi où figurent aussi les belles cordes de l'Orchestre du Caire, la derbouka ou le ney (flûte orientale) de l'Orchestre d'Alger, une rencontre entre chaâbi et zouk et plusieurs unions musicales très symboliques. «Tout le monde m'adore et, en tant qu'artiste musulman, je peux sans problème collaborer avec des artistes d'origine juive. Même s'il arrive que je sois pris à partie dans le contexte politique actuel, comme cela a récemment été le cas en Jordanie, je me dois de plus en plus de montrer que la musique est sans frontières et sans racisme.» Mais Khaled préfère toujours plutôt «chanter l'amour que la politique» par «peur que la musique [le] lâche» et tente de «faire passer les messages par le biais de symboles». Une manière pour l'ancien rénovateur du raï d'apporter plus que jamais «espoir et paix» dans le monde plutôt que d'en rajouter avec des chansons-slogans.

Après avoir incarné l'opposition culturelle en Algérie, Khaled s'est pourtant mué en porte-parole malgré lui du monde arabe et de l'intolérance en général. Durant notre entretien téléphonique très confus, il ne cessera de fustiger l'amalgame «musulman = terroriste» et de dénoncer la «falsification du Coran» établie en Occident. Il a d'ailleurs failli annuler son concert en Hollande où le climat reste tendu depuis le meurtre du réalisateur Théo Van Gogh. Khaled parle finalement peu de musique, soliloque beaucoup et éprouve surtout le besoin impérieux de vouer aux gémonies la cabale médiatique dont il serait victime en France. Accusé par le fisc français de lui avoir soustrait de l'argent (mais blanchi), celui qui a défrayé la chronique pour avoir battu sa femme l'a encore alimentée récemment par une supposition de paternité extraconjugale cachée. Autant d'éléments chagrins qui semblent rendre Khaled paranoïaque.

Ya-Rahi (AZ/Universal) En concert au Grand Casino, Genève. Me 24 nov. à 20h30. (Loc: TicketCorner, Fnac)