Khatia Buniatishvili joue pour les réfugiés syriens

Classique La pianiste géorgienne est attendue samedi prochain pour un concert de charité avec l’Orchestre des Nations unies

Rien de plus beau que le 2e Concerto pour piano de Rachmaninov pour servir une cause humanitaire. La Géorgienne Khatia Buniatishvili a accepté de participer à un concert de charité au profit des réfugiés syriens en Jordanie. Accompagnée par le chef Antoine Marguier et l’Orchestre des Nations unies, elle tient à contribuer de sa personne en faveur des «personnes en nécessité».

«Je fais aussi des concerts de charité à Kiev, en Géorgie. C’est une responsabilité qui incombe aux artistes, surtout aux gens qui ont du succès dans la vie. On peut utiliser notre influence de manière positive ou négative. Je me sens honorée de participer à cet événement parce que les valeurs de l’ONU sont chères à mon cœur.» La 9e Symphonie «Du Nouveau Monde» de Dvorák – l’une des plus belles et populaires – complète la soirée. «L’un des objectifs de notre orchestre, c’est l’aide humanitaire», explique Antoine Marguier, lequel fonda l’Orchestre des Nations unies.

Des professionnels aux amateurs

Clarinette solo avant de devenir chef, Antoine Marguier connaît le métier de l’intérieur. Il débuta sous la baguette de Claudio Abbado à l’Orchestre de l’Union européenne et au Gustav Mahler Jugend Orchester. Puis, à 22 ans, il entra dans les rangs de l’OSR (du temps d’Armin Jordan), où il fut titulaire pendant dix-sept ans. En 2010, il fut nommé au poste de «chef résident» de l’Orchestre national de Lyon pour deux saisons, après s’être formé à la direction d’orchestre et avoir suivi des stages auprès de Jesus Lopez Cobos, Roberto Benzi, David Zinman, James Levine et Kurt Masur.

En 2011, il lançait l’Orchestre des Nations unies, formé de musiciens amateurs, beaucoup issus des organisations internationales, d’autres du CERN et du milieu genevois. «C’est un peu plus long de travailler avec eux qu’avec des musiciens professionnels, dit Antoine Marguier, mais je les traite comme s’ils étaient des professionnels. J’essaie de stimuler leurs réflexes, et on peut leur demander des nuances comme pianississimo.» S’ils étaient 45 musiciens au départ, ils sont plus de 60 aujourd’hui. Et même si certains d’entre eux doivent partir en mission quelque temps, ils font un ­effort pour venir préparés aux répétitions d’orchestre. Khatia Buniatishvili ne craint pas le décalage avec des musiciens amateurs: «Pour moi, c’est l’énergie et l’intention qui comptent.»

Une situation syrienne alarmante

Ariane Rummery, porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), rappelle que la crise syrienne est «la plus grande tragédie humanitaire de notre époque». Depuis le début du conflit, «presque 4 millions de réfugiés ont fui la Syrie pour trouver refuge dans des pays voisins». Si l’on croit – d’après les reportages dans les médias – qu’ils sont rassemblés dans des camps proprement dits, «en Jordanie, près de 85% des 627 000 réfugiés enregistrés vivent dans des zones urbaines, et leurs conditions de vie ne font qu’empirer», explique Ariane Rummery.

La musique pour les familles

Or, «deux tiers de ces réfugiés vivent au-dessous du seuil national de pauvreté en Jordanie, et un ménage sur six (mené souvent par des femmes ou des personnes âgées) survit dans un état de pauvreté absolue – c’est-à-dire avec moins de 40 dollars par mois». Les fonds collectés à l’occasion du concert, samedi prochain, iront alimenter le programme de soutien à ces familles dans le besoin. Un beau geste, à l’occasion de la célébration du 70e anniversaire de l’Organisation des Nations unies.

Antoine Marguier, Khatia Buniatishvili et l’Orchestre des Nations unies. Victoria Hall de Genève, sa 13 juin à 20h. Site internet: unorchestra.ch Loc. 0800 418 418 et 022 418 36 18