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L’équipe d’Yvon Labarthe (au centre) tourne un film dans le cadre du Kino Kabaret.
© David Wagnières

Cinéma

Kino Kabaret, laboratoire explosif du cinéma suisse

Le défi est de taille: créer un court-métrage de toutes pièces en seulement quatre jours, le tout bénévolement. Pourtant, de plus en plus de professionnels du cinéma font du Kino Kabaret, qui a ouvert sa 5e édition à Genève, une étape incontournable. Et un espace d’échanges bouillonnant

«Bon, on n’est pas en avance!» Perche et caméras en main, ils sont une dizaine à s’affairer dans la pièce. Tous en chaussettes. Tandis que l’ingénieur fait ses réglages, deux acteurs relisent leurs répliques à la hâte.

Dans le salon de cet appartement de Beaumont, en France voisine, on s’apprête à tourner une nouvelle scène. Celle où Juliette, la femme de Marc, se rit de Stéphane, un ami du couple qui croit fermement à l’existence des voyages dans le temps. Juste avant que le voisin ne débarque, un plat à gratin à la main, affirmant qu’il est lui-même habité par l’esprit de Juliette venue du futur, justement, pour leur révéler que celle-ci est enceinte… de Stéphane. Vous suivez?

Quatre jours pour un film

L’instigateur de ce court-métrage loufoque, à mi-chemin entre Retour vers le futur et Friends, s’appelle Yvon Labarthe et semble un peu perdu entre les claps. Normal: le Genevois se frotte pour la première fois au monde de la fiction, tout comme au métier de scénariste.

Habituellement, Yvon Labarthe fait voler des drones. Sa boîte de production, Flying Focus, réalise des clips promotionnels pour Genève Tourisme ou des vues aériennes de chantiers. Si le vidéaste change aujourd’hui de casquette, c’est qu’il participe au Kino Kabaret, festival de cinéma organisé pour la cinquième fois au bout du lac.

Le principe du Kino est aussi simple qu’ambitieux: par équipe, des réalisateurs, comédiens et techniciens ont quatre jours pour créer un court-métrage du début à la fin. L’entier du matériel de tournage leur est prêté par des partenaires locaux et les «kinoïtes», romands pour la plupart, travaillent bénévolement. A la fin de la session, une projection présente les films ainsi créés, mais ils ne sont ni notés ni classés.

Joyeux chaos

Né à Montréal dans les années 2000, le concept du Kino Kabaret s’est depuis exporté dans plus de 60 villes, la cellule genevoise figurant parmi les plus cotées. Cette année, elle connaît d’ailleurs un record d’inscrits avec plus de 250 professionnels avérés ou en devenir qui, comme Yvon Labarthe, souhaitent se lancer un défi ou réaliser un projet qui n’avait pas obtenu de financements. «Je filme depuis plus de vingt ans. Il était temps pour moi de sortir de ma zone de confort et d’expérimenter», explique-t-il.

Et qui dit expérimentation dit improvisation: la troupe du jour se connaît depuis quelques heures seulement et le lieu du tournage n’est autre que l’appartement d’une amie d’Yvon, partie skier pour la journée. A l’arrivée, un joyeux chaos mais un franc enthousiasme. Et surtout, zéro pression. «Contrairement au monde professionnel, où on enchaîne audition sur audition, le Kino n’est pas une compétition. On se sent libre d’incarner un rôle qu’on ne nous offrirait pas habituellement, de se tromper, de recommencer», relève Rémy Boileau, acteur franco-suisse jouant le personnage débonnaire de Marc.

«C’est un vrai camp de vacances cinématographique. Des liens forts s’y créent, car tout le monde s’entraide», renchérit Waniouchka, réalisatrice qui donne aujourd’hui un coup de main en tant qu’assistante. Des rencontres débouchant sur de fructueuses collaborations, à l’instar du documentaire que prépare actuellement Waniouchka avec un réalisateur rencontré lors d’un précédent Kabaret.

Potentiel suisse

«Il manquait un espace romand permettant aux différents acteurs du domaine de confronter leurs idées», souligne Sandrane Ducimetière, cofondatrice du Kino Kabaret genevois avec le cinéaste Damien Molineaux. Un laboratoire bouillonnant qui réunit les compétences et les développe aussi, avec des ateliers comme le «pôle scénario», au sein duquel Yvon Labarthe a pu affiner la cohérence de sa trame intertemporelle.

L’objectif pour les prochaines éditions: professionnaliser d’avantage le festival afin qu’il constitue un réel levier. «Il y a un potentiel créatif dans l’audiovisuel suisse, mais on n’arrive pas encore à le faire émerger, constate Damien Molineaux. J’espère que le Kabaret pourra y contribuer.» La manifestation n’hésite en tout cas pas à faire entendre sa voix: outre ses 36 courts-métrages, elle produira cette année une série de mini-clips plaidant pour un refus de l’initiative «No Billag».

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