Son nom fait un grand écart aux allures ambitieuses. Il tient du manifeste artistique et du dénominateur commun quelque peu improbable. Voyons: à gauche, une allusion, tout d’abord. Elle fait un clin d’œil à ces faiseurs de groove moite et de rythmes hypnotiques qui ont sévi à Kinshasa dès les années 1970. A droite, une évocation. Celle d’un artiste libre et blagueur, qui a exposé un jour un urinoir pour épater les salons mondains de New York.

Un cocktail rafraîchissant

Tout ou presque du programme que s’est fixé l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp est dans ce rapprochement osé. Une passion pour les musiques d’Afrique noire, pour le collectif Konon No 1 notamment, et un état d’esprit affranchi des conventions. Voilà un cocktail rafraîchissant qu’il faut goûter sans hésiter ce soir au Paléo Festival.

Ils sont six, ils habitent Genève, la Belgique, la France et l’Angleterre. Dans leurs besaces, ils portent deux albums enregistrés dans l’urgence, bricolés avec des bouts de ficelle et des centaines d’envies restées parfois inassouvies. Ils font de l’Afrique une invitée discrète. Ils lorgnent aussi vers l’énergie punk-rock et la musique contemporaine.

Panachage improbable, pourrait-on croire. Il tient pourtant sur des charpentes harmonieuses, sous la direction d’un personnage par qui tout a débuté: le contrebassiste Vincent Bertholet.

Dans un bistrot genevois, le musicien raconte ce qui ressemble à un accident heureux, sans lequel rien n’aurait vu le jour. Vincent Bertholet a accepté un jour la carte blanche que lui proposait en 2006 ce lieu de bouillon d’avant-garde qu’était la Cave12, squat disparu depuis.

Le jazz et The Ex

Il a réuni alors des amis musiciens aux horizons éloignés, et une chanteuse qui n’en était pas une. Tous se sont mis à table pour travailler tout ce que le meneur avait dans sa tête et sur ses partitions.

Le résultat? Un concert libérateur: «Je venais du jazz, des figures académiques imposées, des standards et de l’obsession de la virtuosité. Avec le groupe, j’ai bifurqué vers une musique festive et instinctive.» Les tournées et les enregistrements ont suivi avec naturel, dans un biotope, celui des petites salles indépendantes et des squats, que Vincent Bertholet fréquente depuis deux décennies.

C’est là que la passion pour les traditions africaines l’a mordu. «J’ai découvert un monde grâce au groupe post-punk The Ex, qui vendait à la sortie des concerts des disques introuvables venus de loin.»

«On sait que la machine est en marche»

Aujourd’hui, l’Orchestre poursuit son éclosion. Le passage à Paléo consacre un collectif qui a longtemps fréquenté les sous-bois d’Europe. «On sait qu’on ne va pas se planter, la machine est en marche. On sait aussi que rien ne pourra nous éloigner de nos origines.»

Une preuve? Dans la suite: un concert dans un petit festival. A Tarnac.

Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, Paléo Festival, scène du Détour à 21h. Rens. www.paleo.ch