6 octobre 1973. Une ville israélienne vide; quelques chants provenant des synagogues rappellent que c'est jour de prière. Passe soudain une jeep militaire, puis une deuxième: au nord, sur le plateau du Golan et dans le désert du Sinaï au sud, la Syrie et l'Egypte viennent de lancer deux attaques surprises.

«Cette fois, on a l'âge. C'est notre guerre.» Weinraub et Russo, la vingtaine insouciante, partent rejoindre leur compagnie sur le plateau du Golan. Faute de retrouver leur commandant, ils sont intégrés par hasard dans une unité de secouristes de l'armée de l'air. Leur mission: ramener en hélicoptère les blessés du champ de bataille. Dans l'assourdissant bourdonnement de l'appareil, les soldats découvrent le chaos de la guerre, la confusion d'une armée. Par de longs plans fixes, Amos Gitaï raconte sa propre expérience, en 1973. Cette unité, c'était la sienne. Il a appartenu à cette troupe désespérée qui dégage avec des gestes répétitifs les soldats brûlés de leurs chars ou fabrique à la hâte des garrots pour des jeunes hommes aux membres arrachés. Ses souvenirs reviennent à travers les regards de Weinraub qui observe, du haut de son hélicoptère, les innombrables traces de tanks dans la boue, qui sont autant de routes irréelles, absurdes.

Collé aux personnages, imprégné de leur fatigue et de leur lassitude, le spectateur pénètre dans cette guerre avec la même surprise qui semble saisir les personnages: voilà ce que c'est la guerre, une aberration qui se nourrit de chair humaine, une vallée de larmes.

Kippour, d'Amos Gitaï (France, Israël 2000), avec Liron Levo, Tomer Ruso.