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Contemporain

Klaus Huber, un poète des interstices au Festival Archipel

L’Ensemble Contrechamps jouait sa musique mardi à Genève, à la Maison communale de Plainpalais

Parmi les musiciens en scène, deux instruments que l’on nomme violoncelle. Corps de bois tenus entre les genoux. Archets dans la main gauche. Cordes frottées. Des frères? Presque. A la verve du violoncelle moderne répond la verdeur du violoncelle baryton, cette sorte de gambe tombée dans l’oubli à la fin du XVIIIe siècle.

Deux opinions de timbre pour un même territoire sonore; avec Die Seele muss vom Reittier steigen… (A l’âme de descendre de sa monture…), concerto de chambre pour solistes et 37 instruments, le compositeur suisse Klaus Huber raconte le dialogue des ressemblances et l’entre-voix des conflits – la partition puise dans les mots du poète palestinien Mahmoud Darwich. Mardi à la Maison communale de Plainpalais, dans le cadre du Festival Archipel de Genève, l’Ensemble Contrechamps et le Centre de musique ancienne du Conservatoire plongeaient aux racines de cette œuvre écrite en 2002.

Klaus Huber a toujours revendiqué son statut d’artiste engagé. Né à Berne en 1924, chrétien et humaniste, il se nourrit d’un large spectre de positions esthétiques, du mysticisme aux musiques arabes en passant par le Moyen Age. Ce pédagogue émérite compte parmi ses élèves un éventail multiple de tempéraments: Brian Ferneyhough le rythmicien, Kaija Saariaho la lyrique, ou le maître d’estampe Michael Jarrell.

«Que peuvent offrir la poésie, l’art, dans un cas de conflit extrême?» s’interroge Klaus Huber. Un vers posthume de Darwich, lu en avril 2002, met ses convictions en résonance. «A l’âme de descendre de sa monture et de marcher sur ses pieds de soie.» Au commencement, l’ondulation des gongs. Ample comme les chants du large, une menace de cuivres fait gronder la rumeur, frémissante sous les archets des cordes, fugace dans le souffle d’une flûte, jusqu’à prendre la gorge des instrumentistes dans un râle rauque. Plus tard, la voix fluide et acrobate du contre-ténor Kai Wessel dira la prière d’une femme aux nuages, le bien-aimé immobile, le sang sur ses vêtements.

Il y a chez Klaus Huber un instinct de l’enveloppe sonore qui sait solidariser les pupitres sans les priver de leur individualité. Le chef Peter Hirsch, précis mais discret, en fait son parti pris. Parfois, on lui voudrait plus de poigne. Au moins laisse-t-il champ libre au violoncelle (la belle implication de Walter Grimmer) et à son double baryton (Max Engel).

Après les dernières déflagrations de l’ensemble instrumental, les deux solistes se sondent mutuellement. Interrogent la même note, comme pour s’accorder. Un écart demeure. Un tiers de ton (délibéré) à peine perceptible qui reste en travers des veines. Tension insoluble? Il faut s’y plonger encore un peu, patiemment. Trouver, dans cette irréductible altérité des êtres, un équilibre singulier. Un interstice de beauté, qui offre un refuge aux poètes.

Festival Archipel, jusqu’au 28 mars. www.archipel.org

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