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Le clown Larible du Cirque Knie.
© Katja Stuppia © Circus Knie

cirque

Knie 2016, moins virtuose, plus humain

A Genève, avant une tournée romande, la cuvée 2016 du cirque Knie n’est pas sans faille. Mais, à l’image du clown David Larible, star de la tournée, le spectacle gagne en tendresse ce qu’il perd en adresse

C’est une édition plus tendre, plus familiale. Où la virtuosité est toujours présente, mais moins constante et primordiale. La cuvée 2016 du cirque Knie porte la marque joueuse et joyeuse de son invité phare, le clown David Larible, crooner italien et cœur sur pattes. Avec ce roi de l’interaction – des spectateurs sont invités sur la piste à chacune de ses interventions –, le cirque n’est plus cet univers impitoyable où le dépassement de soi est une condition. C’est aussi un espace bienveillant où la faille et l’échec sont au programme de la partition. A Genève, ces jours, comme partout en Suisse romande dès la mi-septembre, Knie fait fondre et c’est bon.

Il chante «My way» avec sa voix de velours et l’entame donne des frissons. Mais ce n’est pas tout. David Larible est rassembleur. Ainsi, sur la demande faussement exaspérée de M. Loyal, le clown italien enchaîne le standard en espagnol et en français, connu. Puis en turc et en suédois, moins attendu. Et enfin, en japonais et en langage des sourds-muets, inédit. Le public est bouleversé, il applaudit. Evidemment, les cyniques diront que cette multiculturalité affichée est un sommet de politiquement correct qui ne coûte rien et rapporte beaucoup. Ce n’est pas faux, mais David Larible a une telle présence, sincère et honnête, qu’on a envie de croire à ce moment d’humanité.

Le public joyeusement chambré

L’alchimie se reproduit d’ailleurs lors de ses autres numéros. Lorsque le clown organise un nettoyage de la piste, un lancer d’assiettes ou bricole un orchestre. Chaque fois, le pitre à la bouille sympathique se balade dans les travées, ramasse trois, quatre désignés volontaires et leur confie une tâche plus ou moins réalisable dont l’échec programmé fait rire l’assemblée. Moquerie? Oui, mais moquerie douce et largement acceptée par les concernés. D’ailleurs, à la troisième occurrence de ces numéros collectifs, des mains se lèvent pour participer. C’est dire si le public aime être joyeusement chambré!

Le clown n’est pas venu seul. Dans le monde du cirque, les Larible représentent une dynastie recherchée. Sa fille Shirley est la fée du filet et voir l’acrobate cabrioler au faîte du chapiteau suspendue à un seul bras donne des sueurs froides. Quant à son fils, David Junior, l’adolescent jongle avec des quilles, des cerceaux, des chapeaux et, même si mardi dernier, sa fortune a été diverse, on sent chez lui une habileté qui promet.

Double périlleux aérien mis en échec

Oui, la représentation de mardi ne s’est pas déroulée sans faille. En plus des quilles au sol du jeune jongleur italien, les trapézistes du Cirque national de Pyongyang ne sont pas parvenus à réaliser leur numéro phare où le voltigeur, propulsé dans les airs, accomplit un double périlleux avant d’être récupéré par un porteur, 15 mètres plus loin. Malgré trois tentatives et l’encouragement de plus en plus fervent du public, le trapéziste n’a jamais pu être saisi en vol par son partenaire et a fini trois fois dans le filet. Expérience étrange que l’échec répété, sans réussite à la clé. Autant le public est prêt à soutenir l’effort –il aime même ça, voir l’artiste en progression–, autant il attend un happy end pour sa généreuse contribution. Mardi, on a senti une pointe de déception.

D’autant que 2016, c’est aussi, on l’a beaucoup dit, la première édition du cirque national sans éléphants. En 2015, des décès et des maladies dans les rangs des pachydermes ont amené la direction de Knie à interrompre une tradition vieille de cent ans, le numéro de dressage d’éléphants, pour épargner aux colosses les affres de la tournée. On peut toujours les voir au zoo de Rapperswil, mais plus sous chapiteau, menés à la baguette par Franco Knie et sa famille. Une page s’est tournée, avec sa pointe de nostalgie.

Les chevaux, toujours aussi royaux

Un pincement vite balayé par la prestance et la beauté des chevaux de la branche Fredy Knie. Pintabians fringants, Arabo-Boulonnais de caractère, Frisons noirs farouches, la richesse des variétés proposées régale les passionnés. Qui se régalent aussi avec la voltige équestre des Frères Errani, associés à la famille depuis que l’un d'eux, Maycol, a épousé Géraldine, fille de Fredy. Du beau monde pour des prestations de grande classe et parfaitement maîtrisées.

Les diables du diabolo

Des coups de cœur pour terminer? Oui, qui relèvent de l’habileté. On a été ébouriffé par le duo berlinois TwinSpin, diaboliques avec leurs diabolos qu’ils font tourner, coulisser et virevolter en toute légèreté. Et séduit aussi par les équilibristes Ukrainiens Nikolay Shcherbak et Sergey Popov qui livrent un sidérant numéro de main à main sur le thème de «Singing in the rain», comme si de rien n’était. Des prestations modestes, mais à l’impact puissant. Tout à fait dans l’esprit de la star de la soirée, le clown Larible, lui aussi simple et bouleversant.


 Le Cirque Knie, jusqu'au 15 sept., Genève, puis tournée romande jusqu'au 6 novembre, qui passe par Nyon, Yverdon, Bienne, Bulle, Lausanne, Vevey, Aigle, Sion, Martigny et Fribourg, 0900 800 800, www.knie.ch 

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