Koffi Kwahulé lance des pétards chinois dansun coin de Paris très coloré

Lauréat du Prix Ahmadou-Kourouma pour «Babyface», ce romancieret dramaturge signe un texte attachant, drôle et touchant qui raconteles dérives d’une famille éclatée dans le quartier de Saint-Ambroise

Genre: Roman
Qui ? Koffi Kwahulé
Titre: Nouvel An chinois
Chez qui ? Zulma, 238 p.

Depuis que son père est mort lentement des suites d’un accident du travail, présence muette lourde à porter, Ezéchiel a abandonné le lycée. L’adolescent mène une vie ritualisée au son de Back to black: après que sa mère est partie au travail, il effectue ses «prières» du matin (branlette portée à un haut stade de perfection), regarde la télé, lit les SMS de sa sœur Sora’shile et fait un peu la cuisine.

Le jeudi, il sort acheter L’Equipe en hommage au père, auquel il lisait les nouvelles sportives. Parfois, un voisin, Guillaume-Alexandre Demontfaucon, apporte une missive pour sa belle-maman. Cet ancien légionnaire est un raciste délirant qu’Ezéchiel exècre. D’ailleurs, à part sa maman, Ezéchiel n’a qu’un seul amour, la jolie dentiste Melsa Coën, une «fille des îles» qui a décidé de sortir l’adolescent de son enfermement. Quant à la sœur, après le décès du père, elle a quitté la maison pour vivre dans les arbres avec une troupe d’utopistes, alors que sa mère la croit coiffeuse à Mulhouse.

Tout ce monde est cabossé. Ezéchiel recroquevillé dans son autisme temporaire; Sora’shile et son bébé à venir; la mère qui fait semblant d’aller travailler et s’est réfugiée dans une secte; Montfaucon, enfant bâtard d’une Tchèque que le quartier appelait «la Polonaise»; et même Melsa Coën dont l’amoureux évanescent est condamné par une mystérieuse maladie.

Avec ces éléments hétéroclites, Koffi Kwahulé construit un récit attachant, drôle et touchant, formidablement vivant, qui se déroule sur plusieurs niveaux: onirique, avec les fantasmes incestueux d’Ezéchiel; romanesque pour narrer la vie de ce malade de Montfaucon ou celle de Sora’shile et de sa communauté arboricole. Il s’échappe dans le conte de fées dans l’idylle entre la bonne fée Melsa et l’adolescent.

Enfin, il fait un tableau sympathique d’un microcosme parisien. On n’apprend qu’incidemment l’origine du père d’Ezéchiel, venu de Côte d’Ivoire à Paris, comme si la couleur de peau ne jouait aucun rôle dans ce quartier cosmopolite, sauf pour M. Demontfaucon. Et le Nouvel An chinois? Patience, c’est le jour de ce grand défilé que l’histoire se dénoue, en tragédie et en farce.

Salon du livre africain, le 2 mai à 17h30 et le 3 mai à 13h45.

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