Korine Amacher. L'Oeuvre de Friedrich Gorenstein. Violence du regard, regards sur la violence. Peter Lang, 585 p.

Une immersion dans un océan d'antisémitisme: c'est à cela que nous convie Korine Amacher dans son beau livre consacré à Friedrich Gorenstein (1932-2002), figure littéraire méconnue de l'époque soviétique. Juif sans racines, ne parlant pas le yiddish, ayant très tôt perdu père et mère, exilé à Berlin dès 1983, Gorenstein a obstinément choisi d'appréhender la vie soviétique à travers le prisme de l'antisémitisme, qu'il a dénoncé avec une vigueur unique parmi ses contemporains, une vigueur parfois excessive, voire caricaturale. Mais pour la chercheuse genevoise, les excès de Gorenstein sont bien plus proches de la réalité que les euphémismes de la littérature officielle. L'étude de Korine Amacher nous offre, en contrepoint de la prose saisissante de Gorenstein, un regard analytique sur un contexte pétri de violence, dont elle retrace sobrement la genèse historique. Les figures de Grossman, mais aussi de Dostoïevski (honni par Gorenstein) et de Tchekhov (admiré) sont autant de points de repère littéraires dans un monde d'une brutalité inouïe mais bien réelle, au sein duquel Gorenstein cherchait désespérément son identité, scindé qu'il était sa vie durant entre son être-juif et son être-russe.