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Montreux jazz

Kraftwerk, une présence augmentée

Le groupe allemand prolonge ses traits avant-gardistes en intégrant la 3D aux sons et aux images. Cette prouesse technique est un défi qui remodèle les codes du live

Ils ont chanté l’autoroute à un âge où la double piste incarnait l’idéal d’une mobilité généralisée et sans entraves. Ils ont conféré un supplément de mythologie au Trans-Europ Express en lui dédiant un titre qui demeure aujourd’hui encore, trois décennies plus tard, bien arrimé dans l’inconscient collectif. Ils ont aussi évoqué l’avènement de l’ère nucléaire (Radio-activity) et celle de l’homme automatisé, de l’übermensch qui a tant fait fantasmer («We The Are Robots»). Bref, la technologie, et plus amplement la machine comme vecteur de conquête et diffuseur d’anxiété, est inscrite dans le génome musical de Kraftwerk. Le groupe allemand joue ce soir au Montreux Jazz Festival, ce qui est en soi un événement. Mais le rendez-vous fera longtemps parler de lui en ce qu’il prolonge en terre romande une tournée historique, entièrement chapeautée par la technologie 3D.

Kraftwerk est de ceux qui ont nié à la musique la posture statique. Aujourd’hui, il invente un show avant-gardiste. Il fait une fois encore ce «pas de plus» qui a marqué tout son parcours de pionnier et précurseur. A quoi faut-il s’attendre à Montreux? A se défaire certainement des habitudes et des codes qui régissent tout concert. Alors, loin les boules Quies et les conversations qui dérangent le voisin; fini l’écoute distraite et le va-et-vient entre la salle et le bar. Il faudra adopter à la place des lunettes qui empêcheront de voir double et se laisser emporter par un concert augmenté et total, dans les sons comme dans les images. L’expérience promet de capturer les présents, de faire beaucoup d’otages, car l’univers visuel du quatuor de Düsseldorf, réputé depuis longtemps pour sa richesse, sera accompagné par une spatialisation envoûtante du son.

Il y aura là sans doute de quoi ôter la part de galvaudé au mot «expérience». De quoi vibrer pour un événement qui a fait des ravages une première fois à New York, en février 2012. Kraftwerk concrétisait alors, entre les murs du MoMa, son intuition tridimensionnelle. Sa rétrospective américaine, servie durant plusieurs concerts, a marqué les esprits. Elle se décline depuis avec des rendez-vous ciblés. Le Montreux Jazz en est un de choix. «Très tôt, en automne dernier, nous avons été contactés par le management du groupe, se souvient le directeur du festival, Mathieu Jaton. Kraft­werk voulait faire de notre date un point de force de sa tournée. Nous avons très vite accepté l’offre parce que nous sommes fans, bien sûr, mais surtout parce que ce projet échappe véritablement à l’ordinaire.»

Il échappe aussi aux réflexes des nombreux techniciens qui préparent l’événement. Le groupe est certes accompagné par un staff de confiance. Mais une autre troupe de spécialistes, celle du Montreux Jazz, est elle aussi de la partie pour répondre aux besoins. «Pour ce concert, nous avons ajouté près de 60 haut-parleurs spéciaux dans la salle du Stravinski, détaille Christoph Stahel, responsable de la production. Ils ont été installés avec une très grande précision par les techniciens de la marque qui les fa­brique. La masse sonore ainsi ­distribuée dans l’espace est entièrement contrôlée par un protocole informatique calé sur les ­images. On retrouvera ainsi les sensations ressenties lors d’une projection dans une salle de cinéma. Le bruit d’une voiture en mouvement, par exemple, ne se déplacera pas uniquement de droite à gauche et vice-versa, mais il ira aussi vers l’avant et l’arrière de la salle. On aura ainsi l’impression d’être à chaque instant au cœur de l’événement, où que l’on soit dans la salle.»

Et le visuel? Il emprunte lui aussi au 7e art ses technologies et ses secrets. Christoph Stahel: «Il y aura deux projecteurs qui marcheront avec ce léger décalage qui confère de la profondeur aux images.» Les techniciens ont enfin achevé un travail long et exigeant. «Nous nous sommes réunis une première fois il y a deux mois déjà. Au début, il fallait comprendre si ce concert truffé de nouveauté faisait véritablement sens ou s’il relevait tout simplement de l’effet de manche. Aujourd’hui, je suis heureux d’y avoir participé, constate Christoph Stahel. J’ai été mêlé à une de ces rares histoires musicales qui joignent technologie et créativité.»

«Pour ce concert, nous avons ajouté près de 60 haut-parleurs spéciaux dans la salle du Stravinski»

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