En Europe, on avait tendance à le confondre avec son homonyme Robert Kramer, disparu l'an dernier, auquel tout l'opposait par ailleurs. Cinéaste plus âgé d'une génération, Stanley Kramer connut une carrière de premier plan dans le cinéma hollywoodien alors que l'auteur de Route One U.S.A. incarnait son refus. Né en 1913 à New York, il avait débuté comme producteur indépendant dans un secteur encore dominé par les grands studios avant de rejoindre ces derniers. Il est mort dans une maison de retraite, largement oublié après avoir perdu les faveurs du public comme de la critique dans les années 1970.

A partir de 1948, Kramer produit des films salués pour leur humanisme et leur courage en pleine période maccarthysme, plus propice à la prudence qu'à la générosité et à la remise en cause. Libéral bon teint, il produit des films «à thèse» aussi inattaquables que Le Champion de Mark Robson, Mort d'un commis voyageur de Lazslo Benedek (d'après la pièce d'Arthur Miller), Le Train sifflera trois fois de Fred Zinnemann ou Ouragan sur le Caine d'Edward Dmytryk. En 1955, il passe à la mise en scène toujours avec les meilleures intentions du monde, mais sans jamais parvenir à transcender ses sujets. La Chaîne et Devine qui vient dîner ce soir dénoncent le racisme, Jugement à Nuremberg et La Nef des fous le nazisme, Le Dernier rivage la bombe atomique, mais la démonstration est chaque fois un peu trop lourde. Les genres de la comédie (Un monde fou fou fou), de l'aventure (L'Or noir de l'Oklahoma) ou de l'absurde (La Théorie des dominos) lui échappent pour la même raison. Si ses films se laissent encore voir avec un certain plaisir, c'est qu'on y retrouve les plus grandes stars de l'époque, de Frank Sinatra à Gene Hackman. Autre détail qui plaide en sa faveur: malgré tous ses efforts, Kramer n'obtint jamais le moindre Oscar.