Discrètement, sans truster les unes des magazines de dance music, Peter Kruder et Richard Dorfmeister ont vendu pas moins de 500 000 exemplaires de leurs albums de remixes (K & D Sessions et DJ Kicks, distr. Disctrade). Un exploit lorsqu'on sait que la paire ne porte pas son choix sur des morceaux calibrés pour les hit-parades, préférant recomposer, quasiment de la première à la dernière seconde, des titres souvent méconnus. S'il fallait trouver une clé au succès de Kruder & Dorfmeister, disons que les deux Viennois savent comme personne insuffler un groove, une vibration douce et sexy dans des titres nostalgiques et relâchés.

Le Temps: Pourquoi concentrez-vous l'essentiel de votre temps à des remixes et non à des productions originales?

Richard Dorfmeister: Nous avons composé un certain nombre de morceaux, surtout pour des compilations comme Freezone. Nous aurions pu réunir ces titres en un album, mais nous préférons attendre d'avoir un certain nombre de compositions inédites pour sortir un CD 100% Kruder & Dorfmeister. Si nous ne l'avons pas fait pour l'heure, c'est qu'aucune pression ne s'exerce sur nous. L'album sortira en son temps. C'est notre prochain objectif.

– Pensez-vous que toute musique peut être remixée?

– Non. Certains classiques sont définitivement intouchables, comme Kraftwerk, Led Zeppelin ou Frank Zappa. Techniquement, le remix est possible, mais le résultat sera nettement inférieur à l'original. Aujourd'hui, les maisons de disques ne respectent plus rien, elles sont prêtes à n'importe quel travail de lifting pour relancer la carrière d'un artiste en perte de vitesse.

– Ne craignez-vous pas que cette furie du relifting nuise à votre travail et à votre statut?

– Je crois qu'une fois notre propre album sorti, cette image de remixeurs va changer. De toute manière, nous n'en faisons pas cas. Parallèlement à notre travail dans Kruder & Dorfmeister, nous poursuivons d'autres projets. J'ai lancé Tosca avec un autre collaborateur; deux albums sont sortis récemment. Quant à Peter, son album solo sortira à l'automne.

– Le travail de remix constitue-t-il en soi un défi artistique?

– Contrairement à d'autres remixeurs, nous recréons quasi intégralement le morceau. Nous nous l'approprions. Même si, légalement, la composition ne nous appartient pas, elle porte clairement la touche Kruder & Dorfmeister.

– Si vous deviez qualifier le son Kruder & Dorfmeister, que diriez-vous?

– Relax, doux et mordant à la fois. Dans une chronique récente, un journaliste précisait que notre musique est idéale pour faire l'amour. C'est plutôt positif.

– Vous avouez volontiers apprécier particulièrement les chanteurs du Cap Vert et les stars de la bossa nova. On est loin du remix type…

– Nous aimons les vibrations que ces musiques produisent, cette douceur. Antonio Carlos Jobim est une grande source d'inspiration: nous collectionnons tous ses albums, particulièrement ceux sortis dans les années 70. Le dub a exercé aussi une grande influence sur notre travail. Ce genre est à l'origine même de l'activité du remix.

Kruder & Dorfmeister, vendredi 23 juillet, Dôme, 01h30.