C'était mercredi soir. L'organisation culturelle Matica Bosnien-Herzegowina et une association humanitaire conviaient à une table ronde autour du thème en point d'interrogation: «Retour avec perspectives?». Le lieu choisi était une aula de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Arrivés avec quelques minutes de retard, certains ont trouvé porte close. Devant, un cerbère impassible prétendait qu'il ne pouvait plus laisser entrer. Que la salle était comble. Qu'il y avait 20 personnes de trop sur les 120 légalement autorisées.

Sont restés sur le carreau des Bosniaques. Parmi eux, Jasmin, depuis sept ans en Suisse, qui n'a plus que dix jours pour faire ses valises – huit à l'heure où j'écris. Il travaille dans un restaurant, il joue dans un groupe de musique. Toutes ses démarches se sont soldées par un échec. Sa ville d'origine est en République serbe. Finalement, la porte s'ouvre, une ou deux personnes sortent, nous pouvons entrer. Tous. A l'intérieur, plusieurs places sont vides. Le cerbère ne faisait que son devoir, il pensait de bonne foi que la mesure était comble… Dans la salle, face aux politiciens et responsables de l'asile suisses, essentiellement des Bosniaques. Les Suisses parlent de l'impossible retour. Pas maintenant. C'est trop tôt. Au moment des questions, plusieurs Bosniaques s'expriment. Tous doivent partir, aucun ne comprend. La déchirure devient palpable, jusque dans un digne silence.

Vendredi soir, au Palais des congrès, le thème est: «Kosovo – réfugiés, comment la Suisse doit-elle aider?». La (très) grande salle est à moitié pleine. Très peu de Kosovars, quelques Serbes. Face à Jean Ziegler, mais surtout à la socialiste Ursula Koch et à l'UDC Hans Fehr, le ton monte, l'atmosphère chauffe. On est essentiellement entre Zurichois. On règle ses comptes, une semaine après le triomphe UDC aux élections. Quelques personnes âgées soutiennent Hans Fehr, qui veut placer les réfugiés kosovars dans des camps d'internement. Lequel Fehr a la majorité contre lui, n'arrive bientôt plus à parler sous les huées. La déchirure est devenue criante.