Qu'est-ce qu'un jardin de roses? Nature ou artifice? Le titre de l'exposition actuelle de la Kunsthalle de Berne, «I never promised you a Rosegarden», suscite cette question et bien d'autres. Est-ce le centre d'art qui parle? Qui donc pensait que l'art promettait des roses? En fait, l'exposition a également pris ses quartiers au Jardin botanique, sous le pont de la Lorraine. Dans ce temple de la flore, ce conservatoire de la nature, Regula Dettwiler a «planté» un millier de perce-neige… en plastique! A ce travail répond une série de pastels que l'artiste alémanique expose à la Kunsthalle. A la manière des dessins très précis de la botanique, elle détaille les différentes parties de fleurs… en plastique elles aussi, avec de petits embouts pour emboîter les tiges et les feuilles les unes dans les autres. Les légendes soulignent leur provenance: Edelweiss made in China.

Toute l'exposition promène ainsi le visiteur entre nature et artifice, entre artifice et art. En préambule au catalogue de l'exposition, Bernhard Fibicher, directeur de la Kunsthalle, cite abondamment Huysmans qui, en 1884, dans A rebours, écrivait déjà: «L'homme peut en quelques années amener une sélection que la paresseuse nature ne peut jamais produire qu'après des siècles; décidément, par les temps qui courent, les horticulteurs sont les seuls et vrais artistes.» Et aujourd'hui? L'exposition témoigne d'une nouvelle association entre art et nature. Le brouillage entre les deux est renforcé par le fait que l'homme se permet de plus en plus de manipuler la nature. Il n'a jamais influencé comme aujourd'hui ses techniques de reproduction (hydroculture, hors-sol, génétique). Cette évolution a influencé fortement l'art des années 90. «L'art (comme simulacre) imite la nature (manipulée), ce qui au fond n'est rien d'autre qu'un retour à la théorie classique de l'imitation», conclut le commissaire de l'exposition.

Au Jardin botanique, on peut encore voir les odorants serpentins de Michel Blazy, qui travaille avec le phénomène de la moisissure (Verts de vert, vert d'orange, vermiceaux), et une installation de John Armleder, qui investit une serre pour créer une ambiance minimaliste, avec de la musique classique japonaise distillée par des ghetto blasters ventrus.

Armleder a également posé un gros pneu de trax, recyclé en vasque à fleurs, devant la Kunsthalle. On entre dans le centre d'art en passant sous la jupette géante dont le groupe relax (Chiarenza, Hauser et Croptier) a habillé le bâtiment. A l'intérieur, on retrouve le même vêtement, cette fois sur les jambes d'une femme, photographiée urinant debout, à la manière des deux hommes à ses côtés. Les trois arrosent une plate-bande de fleurs. La photographie est placée sur une porte à tambour qui tourne inlassablement sur l'air de «I never promised you a Rosegarden», hit country interprété par Lynn Anderson avant de devenir le titre de l'exposition. Le nom de l'installation reprend quant à lui le début de la chanson: I beg your pardon?.

C'est sans doute l'une des pièces les plus intrigantes sur les rapports de l'homme (et de la femme) avec la nature, bien à la manière de relax qui aime brouiller les pistes. Etonnantes aussi, les nouvelles manières dont Urs Aeschbach et Hans Stalder peignent les fleurs, luxuriantes et artificielles. Les photographies sur aluminium de Jacques Berthet les montrent au contraire sauvages, pauvres et sèches.

D'autres artistes créent des plantes en trois dimensions. C'est le cas de Peter Rösel, dont le philodendron est confectionné à partir d'un uniforme verdâtre de policier allemand. Le jardin alpin (Alpinum) de Reiner Matysik voit, quant à lui, pousser des plantes assez effrayantes, sortes de moulages semi-réalistes. Toutes les explications botaniques nécessaires sont données en vidéo…

Il y a même toute une série d'artistes qui font vraiment pousser des plantes. Jacques Vieille a installé ses tomates au sommet d'un système d'arrosage hors-sol. Les plants frôlent le haut plafond de la salle centrale, complètement hors de portée. Si ce n'est d'un bourdon… Derrière la Kunsthalle, Mike Tyler a posé des cratères dans la pelouse. Et sous tente, près de l'arrêt du tram, André Schmid et Ralf Steeg font pousser des champignons!

Mais dans tout cela, où est Dame Nature? On peut ainsi tourner et retourner à travers l'exposition à la recherche de ses traces et des artificieuses promesses de sa présence. D'une plante à l'autre, peinte ou moulée, cousue ou même cultivée, l'art s'intéresse décidément plus à l'homme qui manipule la nature qu'à la nature elle-même.

I never promised you a Rosegarden, Kunsthalle de Berne, Helvetiaplatz 1. Tél. 031/ 352 53 85. Me-di de 10h à 17h, ma de 10h à 19h, jusqu'au 22 août.