Kurt Cobain lui aussi ressuscité

Dévoilé en fanfare à Cannes, Amy n’est pas le seul documentaire consacré à une gloire musicale trop tôt disparue. Présenté quant à lui aux festivals de Sundance et de Berlin, Cobain: Montage of Heck est un film HBO aujourd’hui visible aux seuls Cinémas du Grütli de Genève, à défaut d’une vraie distribution. Là encore, il s’agit d’un film «autorisé» par la famille, à base d’archives révélées pour la première fois. Et les similitudes ne s’arrêtent pas là! Pourtant, le résultat n’est pas aussi emballant.

Sur le leader du groupe punk rock Nirvana, porte-parole malgré lui d’une «génération grunge», existaient déjà le sensationnaliste Kurt & Courtney (Nick Broomfield, 1998) et Kurt Cobain – About a Son (A. J. ­Schnack, 2006), à base d’interviews avec l’intéressé. Brett Morgen (The Kid Stays in the Picture, Chicago 10), lui, a eu accès aux proches, parents, compagnes et collègue, pour retracer sa trajectoire intime. Limitant les interviews au minimum, il puise dans les home movies, carnets et cassettes audio retrouvés, recourant par moments au dessin animé.

Enfant du divorce inconsolé

En ressort le triste portrait d’un jeune homme traumatisé par le divorce de ses parents, source d’un vide jamais comblé. Si la musique est très présente sur la bande-son, jamais elle n’est mise en perspective. Pour en apprendre plus sur les rencontres, le travail, les influences, la production et l’importance de Nirvana, il faudra voir ailleurs.

Reste cette beauté renversante d’ange/diable blond et cette créativité convulsive fondée sur un rejet radical. Avec l’arrivée de Courtney Love, veuve controversée, le déclin autodestructeur (à l’héroïne) est déjà bien entamé. La fascination morbide des médias et du public pour un artiste fragile se retrouve à nouveau au banc des accusés. Pour ne pas avoir à revenir sur les circonstances obscures de sa mort, en 1994, source d’un film concurrent (Soaked in Bleach, de Benjamin Statler) après avoir inspiré le merveilleux Last Days de Gus Van Sant?

VV Cobain: Montage of Heck, documentaire de Brett Morgen (Etats-Unis, 2015). 2h12.