Pour certains, mentionner le nom Kylie Minogue revient à évoquer les pires excès musicaux des années quatre-vingt, un peu à l'image des vestes à épaulettes et des jeans troués dans le milieu de la mode. Rendue célèbre tout d'abord, en tant qu'actrice, dans la série télévisée australienne Neighbours, puis par une succession de tubes pop euphoriques tels la reprise de The locomotion et I should be so lucky, elle devint l'égérie des producteurs pop Stock, Aitken & Waterman.

Véritable machine à tubes, le trio inondait alors les hit-parades de chansons préfabriquées, se servant de chanteurs comme de Kleenex, leur refusant notamment tout accès à leur studio pendant qu'ils composaient. La seule à résister au déclin progressif du trio fut Kylie qui, bien que n'ayant aucun contrôle artistique, réussit à manipuler son image par l'entremise de ses vidéos. Elle adopta un look plus sexy, s'afficha au bras de Michael Hutchence d'INX et maintint sa popularité. Toutefois, en 1992, lasse d'être traitée comme une marionnette, elle signa sur le très branché label Deconstruction.

Cinq ans plus tard, Kylie Minogue s'est transformée en déesse du nouveau chic londonien. De la bible du cool, le magazine i-D, à la presse musicale spécialisée, tout le monde en parle. Sa crédibilité semble avoir augmenté de façon inversement proportionnelle à ses ventes de disques qui ces jours-ci sont assez modestes.

Le secret de cette métamorphose réside en grande partie dans son choix de collaborateurs prestigieux. Son duo avec le très respecté Nick Cave, Where the wild roses grow, ses multiples apparitions sur la scène indie anglaise et sa relation avec le photographe de mode Stéphane Sednaoui ont certainement contribué à son nouveau statut. Le nouvel album, dont elle a écrit tous les textes, contient quant à lui des collaborations avec Dave Ball du groupe électro The Grid, The Manic Street Preachers et Brothers in Rythm.

Intitulé Impossible Princess, l'album a été depuis rebaptisé suite à l'hystérie générale qui, en Angleterre, suivit la mort de Lady Diana. Décision fut faite de repousser de quelques mois la sortie du CD afin de changer le packaging. Le résultat n'est pas aussi tranchant que prévu. Moitié pop, moitié dance, il donne à penser que Kylie cherche encore sa voix et une nouvelle identité. Son style vocal, quoique varié, est parfois presque irritant, et certaines mélodies semblent improvisées. Néanmoins, les différentes productions sont impeccables, et quelques titres pop sont de véritables joyaux. Fidèle à sa nouvelle image chic, elle explique, sans fard, la gestation douloureuse de son nouvel opus dans le bar du légendaire Hôtel Blake's.

– Le Temps: Que cherchiez-vous à accomplir avec cet album?

Kylie Minogue:: J'étais juste très intriguée par l'idée d'écrire et je ne savais pas si j'en étais capable, ou comment m'y prendre. A mesure que je découvrais ma façon d'écrire et de m'exprimer, je me rendais compte de ce que je cherchais: c'était une sorte d'honnêteté dans l'écriture. Cela m'est venu vraiment facilement, tout comme l'interprétation des chansons. J'ai fini par être très introspective. Tout ce que j'ai écrit était inspiré par la réalité du moment, par quelque chose qui m'est vrai. Je ne crois pas être capable d'écrire une bonne chanson à propos de quelqu'un d'autre. Je ne suis pas un conteur.

– Et musicalement, est-ce que vous aviez une idée de ce que vous vouliez réaliser?

– Non! (Rires) Il a fallu qu'on me contraigne parce que j'allais dans tous les sens. Le conseil que j'ai reçu de gens dans le métier a été «n'oublie pas qui tu es». J'ai tenté de trouver un juste équilibre entre faire quelque chose de différent et faire quelque chose qui me corresponde, ce qui n'a pas été facile. Si c'était à refaire je me contraindrais davantage, mais je suis un peu trop désinvolte pour exercer un tel contrôle.

– Comment expliquez-vous que Nick Cave ou les Manic Street Preachers, des musiciens révérés, fassent la queue pour collaborer avec vous?

– Je ne sais pas. Je suis flattée, surtout dans le cas des Manics et de Nick Cave. Ils ont pris des risques il y a des années, lorsque ce n'était pas cool de travailler avec Kylie. Je leur en serai éternellement reconnaissante! Travailler avec Nick Cave a été une expérience incroyable. Je pourrais parler de lui pendant une heure. Je suis un peu amoureuse de lui, il est une telle source d'inspiration. En même temps je sais qu'il a énormément de respect pour moi, il reconnaît que nous sommes tous les deux des artistes.

– Vous semblez vouloir gagner respect et crédibilité. Croyez-vous que vous allez être prise au sérieux?

– Je crois que je le suis. J'ai été à plusieurs niveaux sur l'échelle de la crédibilité, tout en bas et plus haut. Je crois que c'est subjectif de toute façon. Il y en a pour dire que les chansons de Stock, Aitken & Waterman sont maintenant des classiques. Je crois que Nick Cave m'a ouvert les portes de son monde. Un monde auquel je n'appartiens pas, puisque je viens d'une scène commerciale, mais que j'aime vraiment. Cela ne veut pas dire que j'y resterai mais je sais que j'y suis bienvenue, j'ai gagné ma carte de membre. Ma définition du succès a changé. Il ne se mesure plus seulement au nombre de disques vendus, ou aux numéros un, mais à l'existence d'expériences comme celle-là.

«Kylie Minogue», CD de Kylie Minogue (Deconstruction – BMG)