Musique

Kylie Minogue se cherche à Nashville

La chanteuse australienne publie un quatorzième album gonflé de country, genre par lequel d’autres icônes pop déclinantes tentent de renouer avec le succès. Raté

Madonna et Music (2000). Bon Jovi et Lost Highway (2007). Sheryl Crow et Feels Like Home (2013). Justin Timberlake et Man of the Woods (2018). Ou bien Kylie Minogue et Golden, paru après quatre ans d’absence discographique. Point commun de ces artistes à intérêt variable? Tous puisent dans la country et Nashville les couleurs d’albums synonymes à leur parution de «retour au premier plan». C’est ainsi dans l’industrie musicale anglo-saxonne: si votre carrière hier somptueuse connaît ses ratés, si elle peine à décoller et nécessite un coup de collier ou encore si la pop ne suffit pas et qu’il vous faut conquérir d’autres marchés: prendre ses quartiers dans le berceau de la musique populaire étasunienne et embrasser provisoirement la country peut vous faire renouer avec le succès. Kylie l’a compris.

Retour de hype

On ne mesure que mal chez nous le poids que représente la country dans le music business nord-américain. Demeuré longtemps ignoré en Europe où il était à tort assimilé à une soupe white trash, ce genre fondamental dans l’élaboration d’esthétiques musicales grand public (rock’n’roll, etc.) connaît aux Etats-Unis, dans les provinces maritimes du Canada et en Australie un succès jamais démenti. Un œil à ses charts.

Qui sont les Carrie Underwood, Blake Shelton, Reba McEntire ou l’Australien Keith Urban? Ici, personne ou presque. En leurs terres, des figures modernes et rassurantes garantissant à l’industrie des ventes par millions. Si, avant le début des années 2000, jamais on n’aurait imaginé l’aura de ces gens dépasser leurs frontières, c’est chose faite maintenant que la country connaît un improbable retour de hype.

La faute à qui, à quoi? Non pas à la redécouverte des œuvres royales de Johnny Cash ou de Kris Kristofferson. Mais à une vague curieuse qui vit ces dernières années des hérauts rock installer leur studio à Nashville (Jack White, The Black Keys, etc.), Dave Grohl y tourner une partie du documentaire Sonic Highways (2014), des princesses pop soudain conjuguer country et variété bubble-gum (Taylor Swift, Miley Cyrus, etc.), quand de jeunes artistes issus des Etats du Sud saupoudraient leur rhythm’n’blues d’oripeaux bluegrass (Alabama Shakes, Benjamin Booker, etc.). Ainsi, à ceux qui voudraient nous faire croire qu’en trempant sa pop acidulée dans le Western sing ou le honky tonk, Kylie Minogue, 49 ans, fait preuve d’une démarche créative téméraire, on répondra affectueusement que la mini-bombe, sourire mécanique et cheveux éternellement laqués, ne fait que scrupuleusement suivre les tendances du marché.

Icône distante et froissée

Reprenons. En 2016, l’interprète de Can’t Get You Out of My Head (2001), hit formidable, est au plus mal. Déboire sentimental, dépression, la gosse de Melbourne se penche sur sa trajectoire. Au milieu des années 1980, elle débutait en starlette de soap-opéra (Les voisins). Peu après, devenue bimbo bien mignonne façonnée par le trio de producteurs Stock, Aitken et Waterman (I Should Be So Lucky, 1987), elle avançait en super-héroïne pop, le grand public, la communauté LGBTQ+, les fashionistas et les médias généralistes jetés à ses pieds.

Plus inattendu: quand paraissait Where the Wild Roses Grow (1995), ballade douloureuse interprétée en duo avec Nick Cave, même les mauvaises têtes hermétiques jusque-là à son charme succombaient. Kylie Ann Minogue, alors: pour l’industrie du divertissement, incontestablement une intouchable. Certes, une majesté connaissant par la suite une bataille valeureuse contre la maladie, des misères affectives rapportées par les tabloïds et des succès allant décroissant tandis qu’avançait le nouveau siècle et qu’une signature chez Roc-Nation, filiale de Jay-Z, refusait de donner les fruits promis.

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Ballades pâles

Mais tout de même, «K» restait cette icône distante et adorée. Bien que froissée, on ne l’imaginait pas un jour pour de bon s’effondrer. Et puis cela vint. Elle chercha à rebondir, s’attelant à l’écriture de chansons auxquelles il manquait souffle et relief. On lui parla alors de Nashville, à ce qu’elle dit, lui contant combien là-bas attend une «mémoire musicale» à laquelle elle pourrait se ressourcer.

Et départ pour «Music City». Et collaboration avec des réalisateurs hier aux ordres de Taylor Swift chargés cette fois de carrosser des pop songs ordinaires que Minogue décrit aujourd’hui comme autant «d’expériences vécues», «d’aventures personnelles menées» afin de «se perdre et mieux (se) retrouver». On connaît ce baratin. Quand bien même on le sait usé, on aimerait pourtant lui donner du crédit tant on éprouve toujours une tendresse particulière pour Kylie.

Las: si peu de Golden mérite d’être estimé. Ballades pâles (Put Yourself in My Place, etc.) ou bolides dance pressés de jeter aux orties leurs motifs country dès le premier virage (Dancing, etc.), la chose épuise, sans procurer ivresse ou chevauchée. Après quelques showcases récemment donnés dans des clubs d’Europe, l’Australienne promet une tournée des stades à la rentrée.


 «Golden», Kylie Minogue, BMG.

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